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 Autour d'un arbre

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Ainariël Fitzroy

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Messages : 10
Localisation : Perdu en campagne

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31/100  (31/100)
Métier : Chevalier errant

MessageSujet: Autour d'un arbre   Sam 1 Sep - 12:06

Chassé. On l’avait chassé comme un malpropre ! Un manant, un gueux, un moins que rien...

Il faudra t’endurcir. Ici, tu n’es rien, compris ? le sermonnait le vieux seigneur rabougris dont il lui arrivait souvent d’oublier le nom. Tu n’es le fils de personne, juste un gamin parmi les autres que je prends sous mon aile pour en faire un chevalier. Tu veux être un chevalier ? Apprend. Et tais-toi.

Un moins que rien, qui bien qu’adoubé, avait fuis comme un voleur de chevaux, emportant seulement ses bottes, sa bourse et son épée. Il avait menti, volé aussi, joué des rôles dont un autre que lui aurait rougis de honte. Sa survie dépendait de son talent à l’épée, sa fuite finissait toujours par être provoquée par sa malédiction... Ainariël Fitzroy était quelqu’un de réaliste et lucide sur son avenir. Devenir chevalier avait été une chance inespérée, rien ne l’aurait empêché de sauter sur l’occasion de ce faire un nom. Le rêve d’enfant de combattre aux côtés du roi et de pouvoir l’appeler Père avec fierté était parti en fumée depuis longtemps. Henry, sixième du nom, l’avait engendré en tant que roi de France et d’Angleterre. Roi frappé de folie, déposé une fois puis remis sur le trône dis ans plus tard, on raconte qu’il fut mis à mort secrètement dans la Tour de Londres. Aynar aurait pu être son héritier s’il n’y avait cet Edward IV. Il n’en porterait pas moins toute sa vie ce patronyme tronqué de Fitzroy : bâtard royal. Fils de roi. Et condamné à errer sur les routes. Belle destinée, en effet !

Aynar prenait pourtant quelques plaisirs à vendre ses services d’homme d’armes. Ses talents d’acteurs récolèrent un succès mitigé dans certaines régions mais, la plupart du temps, il en était récompensé de jolies putains, d’une bourse bien remplie et d’une mince cicatrice de plus. Passant de villages en villages, de châteaux en châteaux, de masures en auberges, de territoires hostiles en terres dépeuplées par les guerres... Chaque paysage était un rappel constant de son errance forcée, de sa solitude. Aussi loin qu’il s’en souvint, Aynar avait toujours été seul. Cependant, aujourd’hui c’était différent. Chaque mot, chaque geste, chaque regard devenaient une question de survie. Ce qui commençait sérieusement à lui déplaire. Un an, quand on n’a pas d’attaches, pas de lieu secret à se remémorer en esprit pour se réconforter au coin du feu, seul dans les bois, enveloppé dans son manteau, un an c’est comme un matin triste et maussade.

Notre chevalier errant ouvrit brusquement les yeux, le souffle court. Ses pieds s’empêtrèrent dans son long manteau et il manqua vaciller sur le sol. Le plus calmement possible, il s’adossa contre le tronc du chêne, le regard rivé aux flammes de son petit feu de camp. Piètre réconfort, pour une maigre lumière – sans parler des miettes de chaleur. Charme dormait paisiblement un peu plus loin, sa longe attachée à l’arbre. Aynar tâcha de retenir les pans de son rêve mais ils s’envolaient inexorablement. Avec un soupir à fendre l’âme, Fitzroy se redressa à demi et tourna ses yeux vers l’horizon. Le soleil pointait à travers les cimes. Ses tresses, coiffure de Celte égaré, lui chatoyèrent le visage. Il entreprit de se relever à demi et de se traîner vers le ruisseau qui coulait non loin. Son reflet se matérialisa dans l’eau fraîche, lui arrachant une grimace désabusée. Il plongea ses longues mains dans l’eau et se nettoya le visage en le frottant vigoureusement. Il aurait pu être beau, s’il n’y avait eu cette dualité en lui. Ses traits anguleux étaient trop saillants, son nez aquilin rappelait le bec d’un oiseau de proie. Sa forte mâchoire et son menton volontaire avaient beau être ceux d’un homme, ses longs cils et ses lèvres trop pulpeuses évoquaient la féminité. Un corps d’homme d’armes avec une longue chevelure tressée d’un blond vénitien. Des yeux qui oscillaient entre des nuances improbables, noisette dans l’ombre et réfléchissant la couleur de l’or au soleil. Aynar gratta une fine croûte de sang séché sur sa joue, sortit son couteau de chasse et commença à raser sa barbe rêche de quelques jours.

Sa dernière expédition avait faillis finir en esclandre sanglante. Mais était-ce réellement sa faute s’il ne comprenait pas totalement la langue locale ? Aynar observa un instant ses mains, les contemplant comme des morceaux étrangers de son corps. Des mains qui pouvaient changer la matière.

SORCIER ! hurlait le pilier de taverne au côté du tenancier. FILS DE SATAN ! Il a voulu me tuer, je le sais !

Le chevalier errant étouffa un juron. Il était parvenu à s’enfuir avant la fin de la tirade mais le mal était fait. Paria, rejeté de partout, cette vie solitaire présentait des charmes agréables mais le temps passé à fuir usait sa patience. Plus les jours filaient, plus l’amertume le gagnait. Des trouvèrent auraient pu mettre en musique son histoire qu’il n’en aurait retiré aucune gloire. Lui qui aimait tant l’aventure rêvait, non sans honte, de trouver un foyer assez ouvert d’esprit pour un chevalier estropié aux pouvoirs occultes – qu’il n’avait jamais demandé d’ailleurs. Aynar éternua et rebroussa chemin vers son arbre. Ses souvenirs s’effilochaient dans son errance.

- Un arbre contre lequel on pourra m’enterrer, si jamais je croise à nouveau un godelureau ivre de vin et de sang, maugréa-t-il.

Cette sombre pensée l’étonna. Il ne croyait pas jusqu’à présent être atteint d’envies suicidaires. Certes, sa vie actuelle ne lui paraissait pas des plus palpitantes mais jamais encore ne lui était venue la pensée de mettre fin à ses jours. Ce serait un geste d’une lâcheté et d’une bassesse sans pareilles ! Le dégoût emplit sa bouche et il cracha par terre. Ecœuré de lui-même. Comment cela pourrait-il devenir pire ?

Charme s’éveilla et dressa ses longues oreilles. Elle poussa un faible hennissement d’avertissement. Aynar lui jeta à peine un coup d’œil. Personne ne se promenait dans ces montagnes. Les bois étaient déserts, même le gibier se faisait rare dans les environs. Fichue monture qui devenait paranoïaque.
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