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 Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]

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Ariane Schneider
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MessageSujet: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Jeu 23 Aoû - 18:47

Il ne pouvait exister d'endroit plus merveilleux. Tout terminait et se commençait ici même, en ces lieux. Etelka était la cité rêvée, la cité qui m'avait été destinée depuis le départ. J'y étais bien. Oui, je pouvais enfin dire que j'étais bien quelque part. Cela m'avait pris du temps, ce qui était normal, mais j'avais fini par trouver la paix et le bonheur ou en tout cas, un simulacre de bonheur. Les blessures du passé étaient toujours présentes et laisseraient pour toujours une cicatrice. La vie à Etelka m'avait cependant permis de guérir et d'avancer puisque j'avais réellement trouvé ma place. J'étais heureuse et fière de montrer la voie à ceux qui la cherchait. J'étais tellement comblée de pouvoir transmettre les désirs et paroles de nos Dieux. Ces Dieux, je les aimais du fond de mon cœur, plus que de raison et même bien plus que j'aimais mes amies les plantes. J'aimais nos Dieux car ils étaient la vérité, ils étaient la raison pour laquelle nous existions, en tout cas, la raison pour laquelle j'existais. Le temple me rappelait sans cesse cette vérité en laquelle je croyais. J'y passais beaucoup de temps à contempler les statues de Lyöreth et Eveyyd, à prier auprès du Livre Sacré Leriths que j'avais juré de protéger. Cela dit, les autres prêtresses y étaient plus souvent que moi puisque je passais quand même la plupart de mon temps soit dans le jardin, soit dans les bois alentours, sans jamais m'éloigner de la cité, ne souhaitant pas chercher le danger et le faire venir à moi : j'avais vécu assez d'horreurs pour toute mon existence... Il m'arrivait également d'aller me promener au bord du lac même si je ne m'y attardais jamais très longtemps en raison de cette crainte, toujours présente bien que silencieuse. Cette crainte d'être surprise par une personne inconnue, une personne n'appartenant pas à notre cité, une personne mauvaise.

Pour sûr, je passais énormément de temps à l'extérieur. J'aimais sentir la brise sur mon visage, l'odeur de l'herbe humide et de la mousse des arbres ainsi que le délicat parfum des fleurs. J'aimais sentir le soleil sur ma peau et sur la verdure. Alors que j'étais allongée sous un arbre, le soleil perçant à travers les feuilles m'éclairant suffisamment sans pour autant m'éblouir, mes doigts caressant encore et encore l'herbe fraîche, je repensai à ce que mon Roi m'avait dit un jour alors que je m'étais excusée d'être moins souvent présente au sein du temple que les autres prêtresses : « Vous êtes comme les plantes que vous aimez tant Ariane. Pour vous épanouir, vous avez besoin d'oxygène et de soleil. Vous avez besoin d'être à l'air libre, à l'air pur. Je ne peux donc vous en vouloir de passer plus de temps dans le jardin que dans le temple.» Et il avait souri... Ce souvenir m'arracha d'ailleurs un sourire. Je me souvins de l'éclat de ses yeux quand il avait prononcé ces mots qui m'avaient fait tant plaisir. Mon Roi... Il était véritablement la seule et unique personne en qui j'avais une confiance aveugle. Oh, n'allez pas croire que je ne faisais pas confiance aux autres prêtresses : je leur faisais confiance mais jusqu'à un certain point... Certaines ne m'appréciaient pas car j'étais, même au sein de la cité, encore trop différente et étrange à bien des égards mais le Roi, lui, avait su m'accepter telle que j'étais et il avait su voir en moi. Voilà pourquoi je lui aurais confié ma vie. Voilà pourquoi je lui aurais donné ma vie. En réalité, sans doute aucun, je l'aimais et le vénérais autant que j'aimais et vénérais nos Dieux.

Je sentis quelque chose me chatouiller la main et mon sourire se fit plus doux quand mes yeux glissèrent sur le papillon qui venait de se poser sur le bout de mes doigts. Il était ravissant, d'un jaune vif. Je fis bouger très légèrement mes doigts et il s'envola de nouveau. Je le regardai s'éloigner avant de me redresser et de m'asseoir en m'adossant contre le tronc de l'arbre qui se trouvait derrière moi. A son contact, je fermais les yeux et soupirai d'aise : je sentis le rythme de sa sève couler presque au même rythme que les battements de mon cœur et je ressentis la joie qu'il éprouvait de me sentir ainsi près de lui. Je lui murmurai un « merci » avant de reposer mes mains dans l'herbe. Je fermai les yeux et me concentrai. Je pris de profondes inspirations et expirations avant de trouver une respiration très calme et posée. Il ne me fallut que quelques instants pour sentir la Terre, les racines qui la parcouraient, et les kilomètres que ces dernières pouvaient parcourir. Quand une racine s'arrêtait une autre prenait sa place. Elles étaient toutes liées entre elles et j'étais donc liée à elles. J'étais liée à la Terre. Ça et là, je sentais par moment la douleur d'une plante mourante et lui exprimais mon amour profond et ma compassion. Je ne m'arrêtais pas sur les images que je pouvais voir, transmises par les plantes car je ne cherchais pas de renseignements en cet instant et puisque je n'étais pas concentrée sur mes visions, tout ce que j'entrevoyais était de toute façon très flou. Je finis par trouver ce que je cherchais : par la trouver. Cette fleur splendide dont j'ignorais le nom et qui poussait très loin de chez nous, dans un endroit où le soleil était bien plus chaud qu'ici, dans un endroit où la végétation était même bien plus luxuriante et diversifiée qu'ici. Un endroit où je n'irais jamais physiquement mais où mon esprit pouvait voyager et c'était déjà merveilleux.

-Viens jusqu'à moi...

Murmurai-je à l'intention de la fleur. J'avais déjà réalisé cet exercice quelques jours auparavant et cela avait bien fonctionné. Cela avait été merveilleux et je voulais réitérer l'expérience. Mes doigts s'enfoncèrent le plus possible dans l'herbe et dans la terre et je répétai ces mots : une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois... Je sentis et vis les racines se mouvoir sous la terre, sous mes doigts et quand j'ouvris les yeux, elle était là : aussi splendide que dans mon souvenir. Ses immenses pétales merveilleusement dessinés étaient d'un rose prononcé sur les bords et ce rose devenait plus pâle vers le centre du pétale jusqu'à se transformer en un blanc pur et magnifique. Au centre, il y avait ce cœur jaune, tel un soleil qui réchauffait la fleur à même son cœur. Ce merveilleux ensemble était entouré de grandes feuilles vertes qui étaient là, tel un écrin protégeant les pétales si fins et fragiles. La pétales se mouvaient légèrement et je vins les caresser du bout des doigts. La fleur était sceptique : elle n'était pas chez elle, et elle le savait. Elle était certes heureuse de faire ma connaissance mais...

-Je sais... Tu ne devrais pas être ici mais j'avais très envie de te voir... Me pardonneras-tu ce caprice ?

Elle m'affirma que j'étais déjà pardonnée même si elle avait un peu froid. Quoi de plus normal? Son climat était tellement différent du mien...

-Pardon mais... Pourrais-tu me montrer quelques images de l'endroit d'où tu viens ?

J'aurais pu me concentrer en la touchant et ne pas lui demander son avis pour voir les images de son pays natal mais je préférais lui demander sa permission : j'avais déjà abusé de mon pouvoir en la faisant venir jusqu'à moi et je refusais de plus lui forcer la main. Lorsque j'eus le premier flash de son pays natal je sursautai, n'étant pas préparée à ce qu'elle me montre des images aussi vite. Je fermai alors les yeux et savourai le paysage qu'elle faisait défiler rien que pour moi.

-Merci...

Murmurai-je, la voix remplie d'émotion. Le genre d'émotion que je ne ressentais jamais en compagnie des êtres humains.

-Oh !

J'ouvris les yeux et retirai mes mains du sol au même moment. En un instant, le merveilleux paysage s'était évaporé et la magnifique fleur s'était recroquevillée sur elle-même avant de disparaître au creux de la Terre. Je n'avais même pas pu lui dire au revoir... Mais une voix venant d'un peu plus loin m'avait fait sortir de ce moment magique et ma réaction avait été instantanée : la protection de cette fleur passait avant le reste. Et puis, je ne savais pas qui se trouvait là : la surprise que j'avais entendue dans ce « oh » me laissait penser qu'il s'agissait d'une personne qui ne me connaissait pas ni moi, ni mon don. De plus, cette voix m'était inconnue. Je me redressai sans attendre mais restai près de l'arbre et y collai mes mains. Mon cœur battait très vite et l'arbre tenta de me calmer mais je voyais à présent la personne qui m'avait surprise. J'aurais été incapable de dire s'il s'agissait d'une fille ou d'un garçon : son visage et ses traits étaient à la fois assez fins pour appartenir à une fille et en même temps un petit peu trop carrés pour ne pas appartenir à un garçon. Ce qui était certain, c'était que il (ou elle) avait vu ce que j'avais fait. C'était la première fois que je croisais une personne que je n'avais jamais vue en dehors de la cité et j'avais peur. Deux solutions s'offraient à moi : partir aussi vite que possible au risque de l'amener jusqu'à la cité ou rester ici et... Et quoi ? Faire connaissance ? Ce n'était pas mon genre mais en même temps... Plus je l'observais et plus je sentais quelque chose fourmiller dans mes veines. Je plissai les yeux, plongeant mon regard dans le sien. Un lien... Il y avait définitivement un lien entre nous mais j'étais cependant, sur le moment en tout cas, incapable de savoir de quoi il retournait. Ce fut alors plus fort que moi... Moi, qui d'ordinaire serait restée silencieuse, moi, qui d'ordinaire n'aurait jamais pris la parole en premier et aurait même mis longtemps à répondre... Moi, je saluai cet être humain qui, au fur à mesure que les secondes passaient, ne me donnait pas du tout envie de fuir : incroyable, n'est-ce-pas ?

-Bonjour...

Ma voix fut certes relativement basse mais quand même... C'était vraiment une grande première.
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Lou Lupus
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Jeu 23 Aoû - 21:27

Le soleil brillait dans un ciel parsemé de nuages moelleux comme des pissenlits, parsemé dans une plaine bleue. La plaine que Lupus parcourait était plutôt dans les tons vert et ocre, mais elle était tout aussi belle, comme le paysage qui se dessinait sous ses yeux, le lac miroitant, et la vie animale tout autour. Une brise douce faisait onduler ses longs cheveux sombres. L’après-midi s’écoulait avec calme et volupté. L’herboriste n’avait croisé personne depuis ce matin, depuis la veille au soir, même. Ça lui allait très bien. Trop de rencontres lui étaient néfastes. Il avait besoin de sa solitude un peu, de la nature et des plantes.
Aujourd’hui, il avait décidé de ne pas se lancer des recherches, juste flâner tranquillement dans le champ en friche qui s’offrait à ses pas. Oh, il se connaissait, il finirait bien par trouver une plante qui attirerait son attention et qu’il finirait par cueillir, toujours avec une extrême douceur.
Cette douceur que lui avait enseignée sa mère avant de… De… Lupus secoua la tête. Il ne voulait pas y penser… Mais, toute cette douceur. Cette douceur qu’elle avait exigée de lui. Le souvenir était encore cuisant de la fois où il avait, maladroitement, arraché une fleur assez rare, il ne se souvenait plus de l’espèce, là tout de suite. Le regard que sa mère lui avait porté. La punition n’avait pas été le plus terrible, non. C’était ce regard. Ce n’était pas de la colère qui résidait au fond de ses yeux, mais une lueur de déception. Il avait regardé la fleur abîmée, sa mère, tellement triste. Il n’avait pas tout de suite compris ce qu’il avait fait. Il avait passé la nuit à y penser, la faim lui tordant le ventre, privé de dîner et de sorties jusqu’au lendemain. La leçon était entrée. Elle était gravée dans sa mémoire à tout jamais, ne jamais oublier de traiter les plantes avec le plus grand respect.

Elles étaient les seules qui lui permettaient de vivre. Les seules à avoir autant de vertus aussi exceptionnelles et à en faire profiter les êtres humains, gracieusement. Il n’avait certes jamais songé qu’elles puissent avoir une âme propre, difficile de le croire venant d’êtres si immobiles avec qui il n’avait aucun moyen de communiquer. Même sans cela, il avait aujourd’hui parfaitement conscience de l’obligation qu’il avait de traiter celle-ci avec délicatesse. Une plante abîmée était une plante gâchée. Une plante qui était toujours en partie inutilisable et donc cueillie pour rien. Les nomades le savent mieux que personne, le gâchis doit être prohibé. Quand on n’est pas certain de trouver de quoi se nourrir le lendemain, on réfléchit avant de jeter un morceau de pain un peu trop dur aux sangliers ou de laisser moisir un fruit en le laissant trop au soleil ou se faire secouer par quelques malotrus. Contrairement à l’imaginaire populaire, le nomade était quelqu’un de soigner.
En tout cas, tous ceux que Lupus connaissait comme étant nomade depuis des années étaient comme ça. Ils prenaient garde à chaque détail, car c’était des petits détails qui leur permettaient de vivre, de survivre à l’hiver et quand la nourriture se faisait rare, pour toute autre raison, une sécheresse mal venue ou un amoindrissement du gibier.
Lupus songeait à tout cela en marchant à travers la plaine aux herbes folles. Nonobstant le foisonnement d’herbacées diverses, il réussissait toujours pas à ne pas en écraser, par trop, en tout cas. Le silence régnait autour de lui. Ce silence naturel teinté de tant de bruits. Les petits claquements secs des pattes de rongeurs fuyant à son approche. Le bruissement de l’air sous les ailes d’un quelconque oiseau. Le vent qui faisait chanter la luzerne et le son. Le clapotement de l’eau, encore audible, à quelques mètres de là. Et le bruit de ses pas, réguliers, sourds, alors qu’il progressait vers l’orée de la forêt.

Sa progression était d’ailleurs bien ralentie par maintes et maintes cueillettes. Les herbacées faisaient, bien heureusement ou mal heureusement, de ses plantes de prédilections. Les plus variées, les plus intéressantes. Un pré était d’une richesse infinie pour lui, et en traverser un était à la fois une épreuve, de plusieurs heures pour chaque hectare, et un réel plaisir. Les gens avaient toujours l’impression d’être face à un fourbi innommable de mauvaises herbes inutiles, mais c’était totalement faux.
Il y avait tellement d’espèces mélangées qu’au contraire, c’était un brassage culturel et médicinal. Une pouponnière à nouvelles espèces, avec de nouveaux usages, de nouvelles vertus et de nouveaux pouvoirs, de guérison ou autre. C’était le petit bonheur simple de l’herboriste. Après, ce n’était pour autant qu’il négligeait les autres milieux, bien sûr. Chacun avait ses spécificités, et donc son intérêt. Il ne resterait jamais éternellement dans un champ en jachère.

D’ailleurs, il commençait, lentement, à atteindre sa frontière et à s’approcher de la forêt. Encore quelques minutes de marche et il y serait. C’est alors qu’il relevait enfin la tête de ses « mauvaises herbes » qu’il s’aperçut que…

Ladite forêt se dressait à quelques minutes de lui, fière et verdoyante. Les arbres étaient en bonne santé. En excellente santé même. Enfin, plus que ceux de la plupart des forêts qu’il avait traversé jusque-là. Oh, c’était assez infime, pour une néophyte, mais Lupus, lui, le sentait parfaitement bien. Plus de bourgeons que d’habitude. Des feuilles vertes, même les plus à l’ombre du feuillage. Et cette impression qu’ils… Qu’ils étaient heureux, en paix.
Les yeux plissés,Lou se pressa jusqu’au seuil de la cité végétale. Il y avait quelque chose d’étrange là-dedans. De la magie ? Si la forêt ne lui avait pas paru si grande, il aurait songé que quelqu’un avait utilisé le même don que lui pour donner cet air luxuriant à toutes les plantes. Mais autant… Il devait y avoir des centaines d’arbres. Même au meilleur de sa forme, il en était incapable. Même s’il s’entraînait toute sa vie, il n’arriverait jamais à un tel niveau de maîtrise. C’était tout bonnement impossible.

Et pourtant, tout était là, sous ses yeux. Il s’approcha d’un tronc, posa sa main dessus. Il regarda l’air qui poussait entre ses racines, les plantes diverses qui fleurissaient un peu partout. Rien de tout cela ne pouvait être naturel. Lupus en avait maintenant la certitude. De la magie, de la sorcellerie… Peut-être. À moins que quelqu’un entretienne cette forêt ? Mais il aurait fallu un art bien supérieur à tout ce qu’il connaissait. Certes il n’était pas un savant, un érudit, mais pouvoir faire prospérer toutes les plantes ainsi, il aurait fallu en connaître chaque secret et le observer tous les jours avec tellement de soin et d’attention… Chaque minute de l’existence vouée à s’en occuper, sans pour autant n’en laisser aucune trace.

C’est à ce moment-là que l’androgyne la vit. Dans l’herbe, posée comme ça, innocemment. Elle était belle, plus belle que tout ce qu’il avait pu voir jusque-là. Il en avait vu pourtant, durant son voyage. Mais celle-ci surpassait tout ce qu’il connaissait. Elle était plus… Chaleureuse. Plus vivante, peut-être ? Ses pétales d’un rose doux… Oui, ses pétales. Lupus admirait la fleur, bien sûr ! Pas la fille ! Bien que celle-ci soit charmante aussi, après tout.
C’était donc elle, la cause de tout cela ? Cette frêle femme, les mains posées près de la fleur exotique, les yeux fermés, savourant quelque chose, comme un souvenir, c’était elle qui avait fait pousser la fleur ? En tout cas, elle avait l’air aussi captivée que lui, peut-être même encore plus. Elle allait même… Jusqu’à lui parler ?
Ahuri, l’herboriste voulut prononcer un mot, une phrase, mais tout ce qui passa ses lèvres était un :

« Oh ! »

Ce n’était pas vraiment un « oh » de surprise. Ni même de fascination ou de reproche. C’était une sorte de mélange, de marque d’incompréhension et d’intérêt mélangé dans une grande tourbière qui servait de pensées à Lupus à l’instant précis.
Il aurait voulu lui poser mille questions, lui demander les réponses aux milles interrogations qui tourbillonnaient dans sa tête, mais rien ne sortait. Il restait béatement devant elle, tandis qu’elle se levait, remarquant, enfin, sa présence. La fleur disparut en un instant, un clignement de paupières et ce n’était plus qu’un merveilleux souvenir. Des mouvements délicats, elle était debout, recroquevillée près de l’arbre qui lui servait de dossier quelques minutes plus tôt. Elle avait l’air légèrement effrayée, mais malgré tout, elle fixait Lupus intensément, comme si elle réussissait à lire en lui. Gêné, celui-ci détourna le regard.

« Bonjour… »

Un mot, suspendu dans l’air. Chuchoté plus que dit. Une voix très douce. L’androgyne prit plusieurs secondes avant de répondre. Regardant toujours ailleurs, l’herbe, à l’emplacement où la fleur se tenait il y a un moment.

« Bonjour… »

Bon, ce n’était pas génial comme réponse. C’était même très moyen. Un analphabète n’aurait pas fait mieux. Une simple répétition d’une politesse élémentaire. Mais Lupus était trop abasourdi pour réussir à formuler quoique ce soit d’autre. Lui demander des renseignements sur son humeur actuelle, par un « comment ça va ? », lui semblait insurmontable.
Lupus eut comme une révélation. D’un coup, il comprit la crainte de la jeune femme. Il l’avait vu utilisé la magie, et elle devait avoir, comme lui, peur des inconnus qui n’appréciaient pas ce genre de pouvoir à leur juste valeur. Il en avait fait lui-même l’expérience suffisamment de fois pour connaître parfaitement cette crainte qui prend aux entrailles, cette envie de fuir pour éviter les représailles.
Mais les représailles et les courses poursuites n’étaient évidemment pas dans les idées de Lupus. Au contraire, il aurait aimé lui expliquer qu’elle n’avait rien à craindre de lui, qu’il était comme elle, en moins bien, certes, beaucoup moins bien. Mais lui aussi était capable de faire pousser les plantes. Quelques-unes, comme ça, en amateur. Elle était maîtresse dans ce qu’il adorait.
Il s’accroupit, sans changer de place, ni s’approcher ni reculer, et posa ses mains au-dessus de l’herbe, l’effleurant. Il avait encore du mal à faire grandir plusieurs plants en même temps, bien qu’il s’entraîna assez régulièrement pour y arriver. Il ferma les yeux pour se concentrer. Devant une telle personne, il pouvait bien faire l’effort d’essayer de ne pas avoir trop l’air ridicule.

Respiration douce, rythmée par les flux d’énergie qu’il communiquait aux différents brins d’herbes. Ses doigts restaient au-dessus cherchant à équilibrer ce flux pour que toutes reçoivent à peu près la même quantité, assez homogène. Ceux-ci, comme il s’y attendait, se mirent à pousser, à foisonner… Sur quelques centimètres. C’était ridicule. Comme une petite bosse sur l’étendue, sur un cercle d’une demi-douzaine de centimètre de diamètre, les brins d’herbe verts devaient mesurer un à deux centimètres de plus. Ridicule. Ce n’était rien comparé à ce qu’elle venait de faire. Mais c’était ce qu’il pouvait faire de mieux. Pas de plus impressionnant, certes, mais de mieux. Une dizaine de brins d’herbe, il n’avait jamais utilisé son don sur autant de plants à la fois.
Il releva la tête vers la jeune rousse, en quête d’une approbation, écartant ses mains pour lui montrer ce qu’il avait fait. Il aurait dû se concentrer sur un seul, ça lui aurait permis de donner meilleur impression à la demoiselle. De toute façon, son don ne pouvait passer que pour un tour de passe-passe en comparaison. Elle, c’était toute une forêt qu’elle fertilisait.
Il se redressa, frottant son bras. Il aurait presque eu honte de lui-même, en fait. Il baissa les yeux et observa ses pieds, au combien passionnant dans ce type de situation. Mais quels pieds, dites-moi ! Ils étaient vraiment envoûtants !

« Désolé… Je… Je ne peux pas faire mieux… »

Oui, Lupus s’excusait de ne pas être capable de savoir utiliser la magie devant une inconnue. Mais elle l’avait tellement intimidé. Il était rare qu’il le soit autant. Ses nombreuses années entre villages et forêts lui avait forgé un certain caractère dont la timidité ne faisait pas vraiment partie. Seulement une politesse extrême, garante de sa survie, au même titre que ses connaissances.
Mais elle l’avait tellement intimidé.
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Ariane Schneider
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Lun 27 Aoû - 14:28

Bonjour…

Sa façon de me saluer fut autant timide que la mienne et, à son timbre de voix, j'eus l'impression qu'il s'agissait d'un garçon bien que sa voix ne fusse pas grave comme celle d'un homme. Peut-être me trompais-je... Je m'en rendrais compte bien assez tôt. Bien qu’il m’eût répondu et même s'il semblait relativement calme et ne pas me vouloir de mal, je ne sortis pas de ma cachette : j’en étais sur le moment physiquement incapable. J’avais trop fait confiance par le passé et je ne commettrais plus jamais la même erreur. Jamais. Alors, même s’il avait l’air calme, même s’il avait l’air gentil, même s’il avait l’air au moins autant sur la défensive que moi, je ne bougeai pas de derrière mon arbre. Pourtant, ce dernier me murmurait des choses douces, des choses apaisantes. Il me soufflait que je pouvais sans crainte faire confiance à ce jeune homme car il le ressentait comme il me ressentait moi. J’avais certes toujours fait confiance à mes amies les plantes mais en cet instant, cela ne pouvait pas être suffisant. Je ne pouvais prendre absolument aucun risque. Nous restâmes ainsi un long moment à nous regarder, nos regards figés dans celui de l’autre. Ce fut lui qui rompit le contact lorsqu’il s’accroupit dans l’herbe. J’étais tellement sur la défensive que j’en sursautai. L’arbre me murmura une nouvelle fois de me calmer, que tout allait bien se passer, que je n’avais qu'à continuer à le regarder et que j’allais comprendre. J’allais comprendre pourquoi je n’avais pas besoin d’avoir peur, j’allais comprendre pourquoi je me sentais ainsi lié à ce jeune homme. Lorsqu’il posa ses mains au-dessus de l’herbe, je me penchai légèrement sur le côté pour mieux le voir. Je vis que ses doigts effleuraient les brins d’herbe avec autant de douceur que moi. Lorsqu’il ferma les yeux et qu’il se mit à respirer de façon plus calme et plus régulière, j’écoutai enfin les conseils de l’arbre et sortis de ma cachette. Je contournai ainsi le tronc afin de me poster devant ce dernier, ma main gauche toujours collée contre l’écorce cependant afin d’écouter ce que l’arbre avait à me dire si jamais il trouvait d’autres conseils à me donner. J’étais à présent face au jeune homme, un peu plus proche et mon regard se fixa sur les brins d’herbe qui se trouvaient juste en dessous de ses doigts.

J’étouffai une exclamation avant de porter ma main libre à mon cœur.

Les brins d’herbe étaient en train de pousser légèrement mais de façon régulière et je sentis des picotements dans mes doigts qui touchaient le tronc de l’arbre. Il ne me fallut que quelques secondes pour comprendre deux faits : les picotements venaient de l’énergie qu’était en train de déployer ce jeune homme et ce jeune homme possédait le même pouvoir que moi. J’avais été heureuse de trouver, à Etelka, d’autres sorciers et sorcières, d’autres personnes possédant des dons, d’autres personnes avec qui j’avais finalement ce point commun. Je n’avais cependant jamais rencontré un autre sorcier doué du même pouvoir que le mien et là… J’étais proprement fascinée. J’imaginais déjà toutes les possibilités qui s’offraient à moi, comme à lui. Pouvoir partager cet amour pour les plantes devait être particulièrement merveilleux et il aimait les plantes, je le sentais, je le savais, même mon ami l’arbre derrière moi me le confirma. « Oui, il nous aime… ». Ce garçon était jeune, certes, mais cela ne pouvait pas nous empêcher de partager cet amour, d’être… Amis ? Je n’avais jamais envisagé d’amitié avec un être humain (ou peut-être seulement avec mon Roi) mais là, je parvenais enfin à l’envisager. Je sentais et savais qu’il serait facile d’être ami avec ce jeune garçon parce que nous étions lié par notre pouvoir, par notre amour pour les plantes. Oui, encore une fois, c’était cet amour infini qui revenait au premier plan. J’étais perdue dans ces pensées plutôt agréables quand le jeune garçon releva son visage vers moi avant d’écraser doucement ses mains dans l’herbe afin de me montrer, sans doute, qu’il l’avait faite pousser. Je n’avais pas besoin qu’il me le montre cependant : j’avais vu, j’avais senti, j’avais compris.

Il se redressa et frotta son bras avant d’abaisser son regard. Je fronçai les sourcils : pourquoi éviter ainsi mon regard ? Avant même que mon ami l’arbre ne réponde à cette question que je m’étais posée intérieurement, ce fut le jeune homme qui me donna la réponse… En s’excusant. Il s’excusa de ne pas pouvoir faire mieux. J’écarquillai les yeux, plus que surprise. J’étais abasourdie qu’il s’excuse : déjà, parce que personne ne s’excusait jamais auprès de moi et surtout parce qu’il n’avait aucune raison de s’excuser. Faire plus ? Mais pourquoi en faire plus ? Il avait juste voulu me montrer ce qu’il savait faire, me rassurer à n’en pas douter vu le comportement défensif que j’avais adopté. Non, il n’avait vraiment rien fait de mal, au contraire. Et puis, à son âge, que je devinais à peu près, je n'avais pas fait beaucoup plus ou peut-être si, un peu, mais de toute façon, mon don avait évolué avec le temps et plus particulièrement avec de l’entraînement lorsque j’étais arrivée à Etelka même si, depuis toujours, la végétation avait été plus fertile à mon contact. Je ne doutais pas qu’un jour, il serait capable de faire autant, si ce n’était plus que moi. Alors, du fond de mon être, un étrange sentiment fit son apparition et il me fallut quelques instants pour comprendre qu’il s’agissait purement et simplement d’un instinct protecteur. Je voulais rassurer ce jeune homme, je voulais le protéger, protéger son don, son âme qui était, j’en étais sûre, extrêmement pure. Moi qui par bien des égards était encore immature et n’acceptait pas mon image de femme, en cet instant, je l’acceptais et l’embrassais même. Aussi, quand ma voix s’éleva, elle ne fut plus hésitante et ce, à ma grande surprise. J’étais confiante, sereine, douce et chaleureuse : des façons d’agir que je réservais d’ordinaire aux plantes et pas aux êtres humains.

-Vous n’avez pas à vous excuser. Ce que vous faites est merveilleux.

Je m’avançai jusqu’à lui et pris délicatement ses mains dans les miennes tout en me penchant pour chercher à capter son regard. Il finit par céder et releva son regard vers moi où il ne put lire que douceur et gentillesse. Aucun jugement. Aucune déception. Aucune colère. Je relâchai finalement ses mains et m’assis dans l’herbe à mon tour. Je détournai mon regard du jeune homme avant de l’abaisser vers le sol et mes doigts effleurèrent les brins d’herbe qu’il avait fait pousser : un sourire étira doucement mes lèvres. Ces brins d’herbe étaient tous heureux d’avoir ainsi poussé sous les doigts de ce jeune homme. Ils sentaient son amour et me chuchotèrent qu’ils n’en avaient pas eu assez. Je relevai alors mon regard vers le jeune d’homme et d’un geste de la tête, l’invitai à s’asseoir en face de moi.

-Ils aimeraient que vous recommenciez…

J’allais prononcer son prénom mais réalisai que nous ne nous étions pas présenté de façon officielle l’un à l’autre.

-Je m’appelle Ariane Schneider. Et vous, comment vous appelez-vous?

Comme il paraissait étrangement facile, tout à coup, de discuter avec lui. Mais comment cela aurait-il pu être compliqué alors que nous partagions déjà tant, sans même le savoir véritablement encore ?
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Lun 27 Aoû - 19:52

Lupus regarda la jeune femme sortir de derrière sa cachette, derrière l’arbre protecteur pour admirer son travail. Enfin, admirer est un bien grand mot, et travail aussi, peut-être. C’était tellement peu… L’herboriste aurait presque préféré s’enfuir tout de suite plutôt que t’entendre les moqueries de celle qu’il admirait déjà comme une demi-déesse.
Elle semblait réellement surprise, mais l’androgyne supposa tristement que ce n’était pas ses performances pures qui l’épatait ainsi, simplement qu’elle venait de comprendre qu’il était comme lui, ce qui en soit était le but de sa manœuvre.

Pourtant il ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise, un peu honteux d’une si piètre performance. Pour la première fois qu’il rencontrait un sorcier comme lui, en mieux, beaucoup mieux, il aurait aimé l’impressionner, lui donner une certaine fierté face à ce que son semblable était capable de réaliser.
Il regarda autour de lui, détaillant les arbres, verts et vigoureux, l’herbe fleurie à certains endroits. Tant de plantes, tant de richesse. Tant de détails pour éviter d’avoir à croiser le regard de la jeune femme à la magie, plus que la main, verte.

Malgré ces pensées emplies de nostalgie, la rousse s’approcha de lui doucement, sans méchanceté. Au moins, elle ne s’effarouchait plus à sa présence et l’acceptait près d’elle. La formulation peut faire penser à une façon de traiter la jeune femme comme un animal sauvage, une proie facilement impressionnable. C’était vrai, oui et non. Lupus n’avait jamais eu l’âme d’un prédateur, lui qui ne mangeait que très rarement de la viande, ce serait un paradoxe. Au contraire, il prenait le plus grand soin de ce qu’il l’entourait, et actuellement la magicienne en faisait partie. Est-ce qu’elle était sauvage ? Pour lui, oui. Elle était comme les plantes, un côté calmement indomptable. Elle faisait partie de leur univers plus qu’il ne pourrait de sa vie l’être. Peut-être n’était-elle qu’à moitié humaine…

« -Vous n’avez pas à vous excuser. Ce que vous faites est merveilleux. »

De stupeur, l’herboriste resta figé un moment, avant de relever la tête, pour croiser ses yeux couleur de la Terre-mère et fertile. Ses mains prirent les siennes dans un geste doux, presque une caresse rassurante. Le jeune garçon n’osa pas répondre quoique ce soit, bien que tout son être ait envie de la remercier d’un tel compliment. À cet instant rien n’aurait pu lui faire plus plaisir qu’une flatterie venant d’elle. Elle lâcha ses mains.
Lou suivit la rousse quand elle se rassit autour des brins d’herbe surplombant leurs concitoyens. En tailleur, il la regarda, attendant qu’elle parle à nouveau, qu’elle réengage la conversation. Lui ne saurait que dire.

« -Ils aimeraient que vous recommenciez…
- Pardon ?! »

L’interjection lui avait échappé. Il ne voulait surtout pas que la jeune femme le prenne mal, comme une moquerie ou un refus. Mais cette phrase avait une signification assez surprenante, et légèrement effrayante. Ils aimeraient… Les brins aimeraient ? Ils pouvaient ressentir l’amour ? Et donc par la même la haine, et par généralisation, des sentiments ? Comment était-ce possible ?
Mais ce n’était pas ce qui avait réellement poussée le mot à franchir les lèvres de l’herboriste. Que les plantes ressentent des sentiments était une chose assez plausible. Après tant d’années à leur côté, l’androgyne en savait beaucoup sur elles. La découverte de leur âme n’était que la continuation de ce savoir. L’image qu’il s’en fit alors était des pensées brouillonnes et lentes, rythmées par le rythme des jours, végétalement peu réactives, mais présentes tout de même.
Non, ce qui arracha cette exclamation à Lupus, c’était que son interlocutrice était capable de capter leurs pensées. De les interpréter et de les lui transmettre. Capable de lire dans cette âme verte, d’ombre, de lumière et d’eau. Il y avait de quoi lui inspirer beaucoup de respect et de crainte. Le sentiment vague et incertain que les plantes autour de lui le scrutaient et allaient faire leur rapport à la demoiselle.

« -Je m’appelle Ariane Schneider. Et vous, comment vous appelez-vous ?
- Je m’appelle Lupus, mais tout le monde m’appelle Lou. »

La phrase avait été dite mécaniquement, tant la personne l’articulant était dans ses pensées. Il pensait à la façon dont il s’était comporté jusque-là. Avait-il fait la moindre erreur ? Comment les arbres jugeaient-ils les humains ? Avaient-ils pensé qu’il était mal de faire peur à celle qu’ils devaient considérer comme leur bienfaitrice ?
Lupus secoua la tête. Il était décidément bien trop méfiant. Si tout cela était vrai, alors il n’avait rien à craindre. Si tout cela était vrai et qu’il avait fait quelque chose de mal, elle se serait déjà enfuie bien loin sans demander son reste. Mais là, tout allait bien…

Le magicien se reconcentra sur ce qu’elle lui avait demandé, et fit abstraction de tout le reste. Même si la proposition était bizarrement formulée, c’était une deuxième chance de faire ses preuves qu’elle lui donnait, aussi n’allait-il pas la laisser passer comme ça.
Il ferma les yeux pour se concentrer, posa ses mains au même endroit qu’à l’instant précédent. Sa respiration, pour la seconde fois, se fit plus lente. Son énergie, son attention, était concentrée sur ses doigts par lequel il sentit passé sa magie et se déversait sur les brins d’herbes. Bien homogène… C’était là tout la difficulté de la tâche. Envoyer des flots de magie, il en était capable, mais savoir les doser précisément, c’était une autre mince affaire. Mais il s’attela à l’exercice avec toute sa jeune conviction.
Le temps s’égraina, et quand il rouvrit les yeux, il fut satisfait de voir qu’il avait réussi à les faire pousser deux fois plus que la fois précédente. En prenant quasiment deux fois plus de temps aussi, certes, mais il se sentait déjà plus sûr de lui. Il commençait à comprendre comment magner sa magie en intensité, et c’était absolument passionnant.

« Vous… Vous êtes une prêtresse d’Etelka, c’est ça ? »

Lupus venait de repenser à la discussion avec le roi d’Etelka à propos d’une certaine Ariane. Il avait été certes un peu long à la détente, mais en même temps, ce n’était pas simple de faire trois choses à la fois : être parano, faire pousser de l’herbe et faire le lien entre cette rencontre et toutes les autres qu’il avait pu faire. Mais du coup, mille questions lui brûlèrent les lèvres, sans qu’il pose encore une fois en poser une seule.
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Mar 28 Aoû - 14:48

« Je m’appelle Lupus, mais tout le monde m’appelle Lou. »

Lou. C’était donc ainsi qu’on l’appelait. Il semblait être sur la réserve, ce que je comprenais mieux que personne et je lui adressai donc un sourire encourageant afin qu’il poursuive ce qu’il avait commencé : les brins d’herbe étaient impatients, je le sentais. Je retirai mes mains des brins d’herbe qu’il avait fait pousser et les posai dans l’herbe, près de mes genoux. J’aurais pu poser mes mains directement sur moi mais je tenais à ce qu’elles restent dans l’herbe car j’avais véritablement très envie de ressentir une nouvelle fois son énergie, son pouvoir. Je patientai ainsi jusqu’à ce qu’il se décide enfin à repositionner ses propres mains au-dessus des brins d’herbe. Il ferma les yeux, reprit de profondes inspirations et je reportai mon regard sur l’herbe qui se trouvait sous ses mains tout en prêtant attention à l’énergie qui, je l’espérais, allait bientôt venir picoter le bout de mes doigts. Le temps sembla s’être complètement arrêté autour de nous. Au bout d’un moment et pour être tout à fait honnête, j’ignore combien de temps, je sentis de nouveau son énergie affluer jusqu’à l’extrémité de mes doigts et les brins se mirent à pousser, très lentement. Quelqu’un qui n’y aurait pas fait attention n’aurait pas pu remarquer la différence au fil des secondes et ne l’aurait remarqué qu’une fois la tache accomplie mais puisque j’étais focalisée sur l’herbe, je la vis pousser, petit à petit. Je fus encore une fois émerveillée de voir le prodige s’accomplir sous les mains d’un autre que moi, sous les mains de Lou. Mon sourire se fit plus large et mes doigts glissèrent jusqu’aux brins d’herbe qui avaient poussé : j’avais envie et besoin de ressentir leur joie, leur bonheur et comme ils étaient heureux… Comme ils aimaient sentir la présence de Lou à leurs côtés. Je n’en fus pas jalouse : le cœur de la végétation était bien assez vaste et assez grand pour nous aimer tous les deux.

« Vous… Vous êtes une prêtresse d’Etelka, c’est ça ? »

Mes doigts se figèrent sur les brins d’herbe et je relevai instantanément mon regard vers lui, mon sourire ayant en un instant déserté mon visage. L’instinct protecteur envers ce jeune homme avait disparu en même temps que mon sourire afin de laisser la place à cet instinct de défense qui m’avait poussé à rester cachée derrière l’arbre quelques minutes auparavant. Silencieusement, je réfléchissais à sa question, à ce qu’elle signifiait, à ce qu’elle impliquait. Elle impliquait sa connaissance de notre Cité alors que, pourtant, il n’en faisait pas partie. Elle impliquait sa connaissance du fonctionnement de notre Cité, de son gouvernement alors que, pourtant, il n’en faisait pas partie. Il n’était pas un jeune sorcier en devenir, apprenti au sein de notre Cité sinon, notre Roi me l’aurait déjà présenté, cela ne faisait aucun doute. Donc… Que faire ? Avais-je le droit de lui répondre qu’effectivement, j’étais bel et bien une prêtresse d’Etelka ? Avais-je seulement le droit de lui parler de la Cité ? Je connaissais le sort qui la protégeait et si je lui en parlais, pouvait-il y pénétrer et en sortir à sa guise ? Tant de questions qui se bousculaient dans ma tête alors qu’il me fixait, ne comprenant peut-être pas mon silence et surtout, mon changement soudain de comportement. Je détournai le regard et fronçai les sourcils alors que mes doigts effleuraient toujours l’herbe. Ces brins qui avaient été si heureux un instant auparavant sentaient mon trouble et ils tentèrent de me calmer : si Lou était capable de les aimer, de les faire grandir et si eux, étaient capable de l’aimer en retour, il ne pouvait pas être mauvais. Oui… Sans doute mais… Non. Ce n’était pas suffisant, loin de là. J’avais envie de lui faire confiance mais je ne pouvais tout simplement pas. Je retirai mes mains de l’herbe et les posai sur mes genoux, mettant ainsi, une courte mais indispensable distance entre Lou et moi.

-Je…

En fait, je compris, au moment où j’ouvris la bouche, que mon changement de comportement et mon hésitation avaient de toute façon répondu à sa question. Si je n’avais pas fait partie de la Cité, j’aurais répondu « non », sans hésiter et j’aurais même été curieuse. Cependant, j’étais revenue sur la défensive et ainsi, j’avais donc répondu en silence à sa question. Il n’y avait que quelqu’un connaissant l’existence d'Etelka et souhaitant la protéger qui pouvait réagir comme je l’avais fait. Et de toute façon, il allait avoir la réponse verbale cachée dans ma propre question qui n’allait pas tarder à franchir la barrière de mes lèvres.

-Comment connaissez-vous l’existence d’Etelka ?

Ce n’était pas la seule question d’ailleurs.

-Comment connaissez-vous mon existence ? Qui vous a parlé des prêtresses ? Et puisque vous connaissez la Cité et son fonctionnement et que vous êtes un sorcier, pourquoi n’y résidez-vous pas ?

Bon, là, pour le coup, ce n’était plus une ou deux questions mais bien plus. Cependant, il ne pouvait en être autrement. Je ne pouvais pas me permettre d’avoir une conversation à cœur ouvert avec ce jeune homme à propos d’Etelka, de mes fonctions là-bas même si toute la forêt me hurlait que je devais lui faire confiance et cesser d’être sur la défensive. D’ailleurs, la végétation n’avait pas apprécié le ton que j’avais employé à l’égard de Lou et elle ne manqua pas de me le faire savoir. J’avais envie de lui faire confiance mais je me devais d’être méfiante tant qu’il n’aurait pas répondu à mes questions et quand la végétation se fit plus insistante, je perdis pour la première fois patience et détournai le regard de Lou avant de relever le visage vers les branches des arbres qui nous surplombaient.

-Ca suffit !

Je fermai les yeux, regrettant aussitôt de leur avoir parlé sur ce ton.

-Pardon…

Murmurai-je avant de rouvrir les yeux et d’observer la forêt.

-Mais j’ai besoin de savoir, vous le comprenez, non ?…

J’entendis et ressentis un bref « oui » de la végétation mais elle estimait que j’aurais pu quand même parler autrement à Lou. Lou qui me regardait les yeux écarquillés. Oui… J’avais oublié que je n’étais pas seule. Quand je parlais aux plantes ou aux arbres j’étais seule, enfin souvent, mais il était vrai que quand un humain me voyait faire, il me prenait pour une folle. Je le savais… Mais je n’avais pas envie que Lou me prenne pour une folle. Même si j’étais sur la défensive, même s’il devait me répondre avant que je puisse moi-même lui donner plus d’informations, je n’avais pas envie qu’il détale en courant parce qu’il me croyait folle. Je levai doucement mon index pour désigner les branches au-dessus de nous et haussai doucement les épaules en grimaçant un sourire d’excuse.

-C’est à la forêt que je m’adressais, pas à vous.

Et je réalisai soudain que cette affirmation risquait de ne pas m’aider à lui faire comprendre que je n’étais pas folle, au contraire.
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Lou Lupus
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Mar 28 Aoû - 20:06

Comment était la vie à Etelka ? Comment était sa vie ? Les sorciers étaient-ils si bien acceptés qu’il l’avait entendu dire ? Avaient-ils vraiment le droit de sortir à leur guise ou était-elle sortie en cachette ? Et les maisons, étaient-elles fleuries ? Les habitants consultaient un herboriste de temps en temps ? Pourrait-il avoir une place dans cette cité ? Comment une journée se passait ? Comment était le roi ? Et les autres prêtresses, étaient-elles gentilles ? Combien y en avait-il ? À quel point étaient-elles proches du roi ?
Beaucoup de question, beaucoup trop. Lupus comprit qu’il avait été trop impulsif quand il fit l’attitude d’Ariane. Elle était tendue, très tendue. Elle ne semblait plus ouverte et souriante comme il y a un instant, mais plus renfermée. De quoi avait-elle eut peur ? Allait-il trop vite pour elle ? Son rythme de raisonner était-il plus lent du fait de sa vie en communion avec les végétaux ?

Ou peut-être, plus simplement, allait-il trop vite pour une humaine lambda. Ils ne se connaissaient que depuis quelques minutes, une demi-heure peut-être. Elle ne savait rien de lui, contrairement à l’androgyne qui, lui, savait déjà un certain nombre de choses sur elle. Enfin, il savait qu’elle était prêtresse, qu’elle résidait à Etelka et qu’elle était assez proche du roi pour que celui-ci se souvienne de son nom et la recommande.
Tandis que ladite prêtresse savait juste qu’il était comme elle, qu’il pratiquait la même magie. Mais sinon, il était sorti de nulle part, du néant de l’ignorance. Et lui montrer qu’il connaissait autant d’elle avait des raisons de l’effrayer, même si sa réaction, sa rétractation lui faisait mal au cœur. Il aurait aimé, préféré qu’elle…

« - Comment connaissez-vous l’existence d’Etelka ? Comment connaissez-vous mon existence ? Qui vous a parlé des prêtresses ? Et puisque vous connaissez la Cité et son fonctionnement et que vous êtes un sorcier, pourquoi n’y résidez-vous pas ? »

Instinctivement, Lupus se recula, de quelques centimètres à peine, par réflexe, ayant l’impression soudaine et désagréable d’être agressé par la demoiselle. Comme si elle s’était renfermée pour mieux bondir sur lui. Les yeux s’écarquillant un peu plus, il attendit quelques secondes avant d’oser formuler une réponse. Il réfléchit intensément. Malgré sa crainte, il ne voulait pas que leur relation se détériore, aussi ne se fit-il plus prendre par le piège de la spontanéité débordante. Il soupesa chaque mot, avant de dire, calmement :

« - J’ai rencontré le roi, il n’y a pas si longtemps que ça. Il m’a parlé de vous… »

Il avait hésité à raconter les exactes péripéties qui l’avaient amené à la connaissance d’Etelka, de son souverain et de la prêtresse. La rencontre avec Esteban, tout d’abord. Son antipathie pour le cavalier écraseur de fleur. Sa deuxième rencontre avec celui-ci, quelques temps après, accompagné du roi et d’une autre prêtresse, Aethelbald. Il n’avait pas voulu l’assommer d’informations, préférant qu’elle lui pose les questions qu’elle souhaitait plus doucement, et non dans un sentiment de panique, même si ce dernier thème était peut-être un peu fort. Peut-être.
En tout cas, il avait eu raison de se taire. La jeune femme hurla qu’on arrête. Il n’était pas certain de si elle s’adressait à lui ou à elle-même, mais dans les deux cas, il valait mieux arrêter de parler. Il s’inquiétât, elle semblait aux prises avec… Avec quoi d’ailleurs ? Une sorte de malaise, de dispute… En elle-même. Elle regardait en l’air. Lupus ne put s’empêcher de lever les yeux à son tour pour voir ce qu’elle y cherchait sans comprendre, en premier lieu.

Elle s’excusa, avec toujours ce même flou. À qui parlait-elle donc ? Y avait-il quelqu’un d’autre autour d’eux qui pouvait les entendre ? Lupus détailla la forêt. Etait-ce un piège ? Avait-elle juste tenté de l’attendrir ?
S’il avait été réellement parano, Lupus se serait imaginé que le roi, irrité de ne pas avoir pu l’attirer entre les murs de la Cité de sa propre volonté, avait voulu lui tendre un piège plus sophistiqué, en jouant sur ses points faibles. Un beau plan, hein, vraiment bien travaillé. Le seul détail qui flanchait, c’est que Lupus n’était pas si parano que ça. Ou peut-être était-il juste insouciant et naïf. Mais il ne pouvait croire qu’Ariane aurait sciemment participé à une telle expédition. À moins qu’elle ne soit pas ce qu’elle prétendait, mais dans ce cas, comme avait-elle fait apparaître la fleur de tout à l’heure ? Et puis, les deux pièces d’or d’Etelka étaient toujours dans sa bourse… Ce n’était pas un rêve ça.

« - C’est à la forêt que je m’adressais, pas à vous. »

Lou se détendit d’un coup. Bien sûr, pourquoi n’y avait-il pas penser ? Elle savait comprendre les sentiments des plantes l’entourant. Maintenant, rien ne disait qu’elle pouvait discuter avec eux autrement qu’en leur parlant. Les plantes n’étaient pas télépathes après tout.
Son discours était cohérent, et contrairement à ce que beaucoup de monde aurait pensé, l’herboriste fut rassuré par cette explication. C’était logique et plausible. Plus en tout cas que l’hypothèse d’un piège ou d’un deuxième esprit dans le corps de la rousse.
L’androgyne lui sourit, un sourire simple et sincère.

« - Bien sûr. »

Le ton n’était pas moqueur, au contraire. C’était le ton gentil, acquiesçant de celui qui a compris et qui montre son accord. Détournant progressivement le regard, Lupus remit les mains qui s’en étaient écartées dans l’herbe, y mêlant ses doigts quelques secondes. Puis celles-ci ouvrir sa sacoche pour en sortir un petit flacon rempli de graines violettes. Des fleurs de lavande. Un des remèdes les plus appréciés de Lupus. Il adorait cette odeur rassurante. Cette odeur était celle qu’il avait sentie depuis sa plus tendre enfance, dans la maison matrimoniale où sa mère en mettait partout. Dans le salon pour calmer les esprits, dans les caisses et les armoires pour chasser les nuisibles et protéger les vêtements. Il l’ouvrit et en sortit un peu, une dizaine de petites fleurs, qu’il versa dans sa paume.

« Tenez, c’est pour vous détendre. Ce sont des fleurs de lavande. »

Les paroles étaient douces, se voulant rassurantes. Il attendit, bras tendus qu’elle en prenne ou non. Après plusieurs secondes, il respira le parfum de ce qui restait et les remit dans son flacon. Ce rituel pouvait paraître stupide, mais il était herboriste depuis suffisamment longtemps pour connaître les bienfaits de la lavande. C’était ce qui conviendrait le mieux à la demoiselle pour qu’elle se relâche un peu, comme lui.
Il rangea le récipient et remit ses mains dans l’herbe. Il la caressa, regardant, guettant, les réactions d’Ariane. Dans son regard, si elle le croisait, elle pourrait y voir également une demande. Il avait envie qu’elle lui montre à nouveau ce qu’elle savait faire, elle, sans qu’il ose formuler sa requête aussi clairement, à haute voix. Il tentait plutôt de lui faire comprendre sans un mot, en déversant un peu de sa magie dans les brins d’herbe entre ses doigts. Rien de bien fort, même pour lui, ni de bien contrôler. Juste de quoi se faire apprécier de ceux-ci et qu’ils aillent lui raconter sa gentillesse et sa bonne volonté.
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Ariane Schneider
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Mer 29 Aoû - 14:58

« - Bien sûr. »

Dit-il sur un ton plutôt gentil après m’avoir adressé un doux sourire. Bon, au moins, il ne me prenait pas pour une folle ou en tout cas, s’il me croyait folle, il était très fort pour le cacher. Mais, encore une fois, j’avais envie de le croire, de lui faire confiance. J’abaissai doucement mon index avant de reposer mes mains dans l’herbe, me sentant mine de rien toujours coupable d’avoir haussé le ton envers la végétation. Je l’observais en silence, repensant soudain à la phrase qu’il avait dite, l’explication que j’avais demandée mais qui était restée dans un coin de ma tête tandis que je m’adressais à la végétation. Ainsi, il avait rencontré notre Roi et c’était de cette façon qu’il connaissait l’existence d’Etelka et des prêtresses. Il devait probablement connaître d’autres éléments concernant notre Cité. Mais… Encore une fois, pourquoi n’y habitait-il pas ? Il aurait été heureux à Etelka et moi, j’aurais été heureuse qu’il y soit. Plutôt que de brefs moments passés dans cette forêt, nous aurions eu beaucoup plus de moments ensemble. Oui, il me paraissait vraiment étrange qu’il n’habite pas au sein de la Cité alors, qu’en plus, il avait directement parlé au Roi. C’était un point que j’avais l’intention d’éclaircir lorsque je le vis glisser ses doigts sur sa sacoche et l’ouvrir avant d’en sortir un petit flacon rempli de graines violettes. Dès qu’il l’ouvrit, l’odeur vint chatouiller mes narines d’une manière extrêmement agréable : des fleurs de lavande. Il ne s’agissait pas du parfum de fleur que je préférais, ayant une véritable adoration pour le jasmin, mais j’aimais malgré tout l’odeur de la lavande. Il en versa dans la paume de sa main et me la tendit.

« Tenez, c’est pour vous détendre. Ce sont des fleurs de lavande. »

Après avoir adopté un ton gentil, voilà qu’à présent il se voulait doux et rassurant. Voilà qui était étrange : un jeune homme qui devait être âgé d’environ une quinzaine d’années (je n’étais pas très douée pour deviner l’âge des personnes que je pouvais rencontrer) et qui rassurait une femme ayant déjà dépassé la vingtaine d’années. Les rôles étaient inversés mais cela n’était pas désagréable, au contraire. Cela me permit d’être moins sur la défensive et d’être de nouveau dans l’intention de lui faire confiance. Certes, l’odeur des fleurs de lavande devait m’aider à me sentir ainsi, à m’apaiser (elles étaient bien connues pour cela) mais elle ne pouvait pas me dicter ma conduite, juste m’aider à me montrer le bon chemin. J’adressai un nouveau sourire à Lou et pris les quelques fleurs de lavande dans ma main avant de les porter près de mon visage et de respirer leur odeur à pleins poumons. J’en soupirai d’aise tant ce fut agréable. Je respirai ainsi plusieurs fois les fleurs de lavande, tout en observant Lou. Il était jeune mais semblait déjà posséder de nombreuses connaissances concernant les plantes et les herbes, sans aucun doute. En fait, j’étais persuadée qu’il en savait plus que moi sur certaines choses. Après tout, moi, j’avais toujours fonctionné avec la magie et uniquement la magie : mon savoir venait de là et même si j’avais fini par acquérir de nombreuses connaissances, j’étais certaine que Lou avait beaucoup de choses à m’apprendre. De cette façon, nous formerions une bonne équipe et nous nous compléterions.

Enfin… Pour cela, il faudrait encore qu’il vive à Etelka et ce n’était malheureusement pas le cas. Je revenais donc à cette question qui me tiraillait : pourquoi ? Alors que la fameuse question était sur le point de franchir mes lèvres, je vis Lou reposer délicatement ses mains dans l’herbe avant de relever son regard vers moi. Il fut pour moi étrange d’avoir l’impression de voir mes propres yeux dans un miroir, non pas que nous avions les mêmes yeux mais nous avions plutôt la même attitude : l’attente de quelque chose. Moi, je savais ce que j’attendais : j’attendais la réponse à une question que je n’avais malheureusement pas encore formulée. Mais lui, que voulait-il ? Ma main qui était restée dans l’herbe me permit soudain de faire le lien : je sentis de nouveau son énergie se déverser au bout de mes doigts et les brins d’herbe me murmurèrent sa demande secrète et informulée. Ainsi donc, il souhaitait me voir réutiliser mon don comme je l’avais fait tout à l’heure. Il avait envie de revoir cette magnifique fleur que j’avais fait venir de si loin… Je ne pouvais nier mon envie de la revoir également tant j’étais moi-même tombée sous son charme. Mon sourire se fit plus large : pourquoi refuser ? J’en avais envie, il en avait envie et la fleur serait plus heureuse de sentir deux personnes si désireuses de la voir. Oui, elle en serait véritablement beaucoup plus heureuse.

-Elle va être très heureuse de faire votre connaissance, j’en suis certaine.

Je déposai avec précaution les fleurs de lavande dans l’herbe, tout près de moi et posai ma seconde main contre la terre.

-Il va me falloir quelques minutes, d’accord ?

Et je fermai les yeux. L’exercice n’était pas difficile mais demandait beaucoup de concentration et en réalité, beaucoup d’énergie. J’en avais déjà dépensé pas mal tout à l’heure pour la faire venir une première fois mais je savais qu’il me restait assez de forces pour la faire revenir : il me faudrait simplement être plus sage jusqu’au lendemain matin, voilà tout. Comme Lou un peu plus tôt, ma respiration se fit plus lente, plus calme et ainsi, je fus capable de me concentrer et de faire abstraction de ce qui m’entourait (y compris Lou) afin de me focaliser sur la terre et ses racines. Une nouvelle fois, je les vis toutes entremêlées et je suivis leur chemin comme je l’avais fait auparavant, en suivant une autre quand une racine prenait fin. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je fus plus rapide qu’avant ma rencontre avec Lou : était-ce sa présence qui m’apportait, sans que nous nous en rendions réellement compte, l’énergie suffisante pour me permettre de me rapprocher des terres où cette magnifique fleur résidait ? C’était probable, oui. Il me faudrait lui demander ce qu’il aurait ressenti une fois que la fleur serait là. Je ne m’attardai cependant pas sur cette pensée puisque j’avais besoin de rester concentrée. Comme à chaque fois que j’étais liée à la terre et à ses racines, je ressentis encore la souffrance et la peine des fleurs, plantes, herbes et arbres sur le point de trépasser. Je leur transmis ma tendresse et mon amour avant de poursuivre mon chemin. Après de nombreux détours, je finis par retrouver ce paysage magnifique, exotique, cette mer d’un bleu comme on ne peut qu’en rêver, ces arbres étranges qui n’existaient pas sur nos terres et ces nombreuses fleurs toutes plus belles les unes que les autres. Mais j’en cherchais une en particulier : la plus belle d’entre toutes. Il y en avait plusieurs mais je retrouvai celle que j’avais fait venir un peu plus tôt : je la désirais elle, pas une autre. Et puis, je voulais m’expliquer sur son départ si soudain. Comme toujours, au lieu de formuler ma demande en silence (ce qui aurait été suffisant), je m’adressai à elle à haute voix.

-Veux-tu bien revenir s’il te plaît ? J’ai quelqu’un à te présenter. C'est parce que cette personne est arrivée tout à l'heure que je t'ai fait partir si vite et je m'en excuse. J'ai été surprise alors... Veux-tu revenir?

Pour mon plus grand bonheur, elle accepta tout de suite car même si elle avait eu un peu froid, lorsqu’elle y avait repensé, elle avait regretté de ne pas être restée un peu plus longtemps. Je sentis une forte chaleur au creux des paumes de mes mains et j’ouvris les yeux : elle était là, toujours aussi belle. Peut-être même encore plus belle qu’elle ne l’avait été avant, sans doute parce qu’à présent, elle était véritablement heureuse de se trouver là.

-Voici Lou.

Dis-je à la beauté avant de relever mon regard vers l’intéressé. Elle sentait son énergie, son lien qu’il avait avec la végétation et était curieuse.

-Vous pouvez la toucher si vous voulez. Je ne vais pas la garder ici très longtemps alors, vous devriez en profiter. Et puis, elle en a très envie.

Mon sourire se fit plus large et d’un bref mouvement de la tête, j’encourageai Lou à entrer en contact avec la fleur et qui sait ? Peut-être à son tour ressentir certaines choses ?
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Jeu 30 Aoû - 12:29

Malgré le fait qu’il n’ait rien dit, Ariane sembla avoir compris ce qu’il voulait, ce qui ne le rendit que plus heureux. Qu’allait-elle lui montrer cette fois ? La même fleur qu’elle avait invoqué il y a quelques minutes ? Ou une autre, peut-être ? Ou autre chose ? Lupus n’avait aucune idée de l’étendue de ses pouvoirs. Que savait-elle faire, au final ? Beaucoup plus que lui, c’était certain, mais quelles étaient ses limites ?
Sans pouvoir s’en empêcher, Lupus s’imagina mille et une choses merveilleuses qu’elle pourrait être capable de faire. Il l’imaginait, d’un simple geste, faire pousser un arbre, un prunier par exemple, pour, dans la minute en récolter les fruits. Il l’imagina capable de faire pousser n’importe quelle plante dans n’importe quelle terre, même les plus rares, sur simple demande. Peut-être pourrait-elle l’aider à se fournir en plantes ? Peut-être pourrait-elle même lui apprendre à invoquer des espèces absentes d’un milieu pour y avoir accès avec moins de difficulté ! Ce serait merveilleux... Mieux que ça, même. Incroyablo-génialissimo-miraculo-extraordinaire !

“- Elle va être très heureuse de faire votre connaissance, j’en suis certaine.”

Lupus allait réagir exactement comme quelques minutes auparavant, une exclamation de surprise et d’incompréhension. De qui parlait-elle donc ? Mais cette fois, l’expérience aidant, il fut plus rapide à comprendre, et retint son interjection pour garder le silence. Elle parlait certainement de la fleur. La prêtresse avait donc discuter avec celle-ci ? Malgré toute sa bonne volonté, l’herboriste avait du mal à s’y faire. Il faut dire que lui, il n’avait jamais rien réussi à faire passer aux plantes, si ce n’est ses flux de magie. Mais aucune parole, aucun sentiment, et l’inverse était vrai aussi. Il aurait bien aimé pouvoir y arriver, une fois au moins. Voir ce que ça fait.
Pendant qu’Ariane invoquait la fleur, ce qui lui prit comme elle l’avait dit plusieurs minutes, où allait-elle la chercher pour que cela lui prenne autant de temps ?, Lupus l’observa faire. Il fit même plus que l’observer, il écouta le flux de magie puissant qu’il sentait émaner d’elle. Jamais il n’avait perçu cette impression avec autant de puissance. Il avait pourtant rencontrer plusieurs sorciers, bien sûr, Esteban, Aethelbald, le souverain d’Etelka. Certes, ils n’avaient jamais usé de la moindre magie devant lui, enfin, pas à ce qui lui semblait.
Après avoir détaillé son visage figé de concentration, il ne put s’empêcher de fermer les yeux. Dans sa tête se forma une image mentale de ce qu’il sentait entre ses doigts. Ce qui n’était qu’une sensation se précisa un peu plus. Il se représenta les flux de magie comme des traînées de poussière dorée et scintillantes. Son flux était maigre et peu brillant et rejoignait sans qu’il l’est décidé celui d’Ariane, bien plus fort et distinct dans le marasme noir aveugle. Son esprit le suivit, il s’enfonçait dans la terre, loin très loin, son âme était comme aspirée...

Il sursauta et rouvrit les yeux soudainement. Il enleva ses mains de la terre et regarda Ariane, ébahi. Il ne savait pas jusqu’où il était allé, mais en suivant sa magie, il était certainement allé assez loin. Comment pouvait-elle faire ça ? Refermant la bouche, il calma sa respiration et remit ses mains dans l’herbe. S’il pouvait la seconder dans son voyage, aussi faible soit son aide, il se sentirait un peu plus utile. Enfin, utile était un bien grand mot. Au moins, il serait maintenant capable de lier sa magie avec celle de quelqu’un d’autre. Avec celle d’Ariane. Y avait-il une restriction sur le genre de magie ? C’était à creuser.

“- Voici Lou.
- Euh... Bonjour..?”

Il avait parlé sans réfléchir. Il n’était même pas sûr que la plante puisse le comprendre. Il faudrait qu’il demande à Ariane si elles comprenaient toutes les humains, quand ceux-ci leur parlait, ou s’il fallait avoir son don.

“- Vous pouvez la toucher si vous voulez. Je ne vais pas la garder ici très longtemps alors, vous devriez en profiter. Et puis, elle en a très envie.
- D’accord...”

Lupus observa la plante. Ses couleurs chatoyantes n’étaient pas d’ici. Il n’avait jamais vu un telle espèce. Elle n’était ni de la montagne, ni des prairies, ni des marécages, où ses couleurs criardes auraient fait tâche dans le décor. Sans s’y connaître de trop, l’herboriste pencha pour un endroit assez chaud. Il avait le souvenir que sa mère lui avait enseigné que les fleurs les plus colorés y poussaient, car pour avoir leur couleur, les fleurs avaient besoin de soleil. Donc plus de soleil donnait des couleurs plus vives.
Il approcha ses mains d’elle, laissant sa magie se déverser toujours, assez chaotiquement, mais il espéra que ça lui plairait tout de même, à cette jolie fleur. Il effleura ses pétales, c’était bien à propos !, avec toute la douceur qu’il put y mettre. S’il n’avait pas senti une texture assez solide sous ses doigts, il aurait eu peur de la briser en milles morceaux. Comme si elle n’avait été qu’une bulle sans consistance, sans résistance. Elle était vraiment belle...

“Ariane..? Vous croyez qu’elle me comprend si je lui parle ?”

Il ne savait pas trop ce qu’il aurait pu lui dire, mais il espérait surtout qu’il puisse avoir une réponse. Car pour l’instant, mis à part la magie qui la maintenait ici, rien ne parvenait à ses sens. Aucune autre émotion autre que les siennes propres. Un petit peu déçu, il ne perdit tout de même pas espoir et était réellement heureux d’avoir pu observer une telle espèce de fleur qu’il ne reverrait certainement jamais de sa vie. À moins d’aller faire un long voyage, mais il n’était pas sûr que la chaleur lui irait bien, lui qui avait toujours vécu dans le froid de la nuit.
Il ramena ses mains près de lui et les posa sur ses genoux. Un peu déçu. Il regarda les arbres, muets. Il avait trop espéré. Les humains n’avaient jamais pu lui offrir un accueil chaleureux. Vain espoir que les végétaux soient différents. Espoir d’avoir enfin une famille où il pourrait s’y sentir bien, sans complexe, sans gêne, sans malaise.
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Jeu 30 Aoû - 18:58

Lorsqu’il accepta de toucher la fleur, mon sourire s’élargit et je l’observai avec attention. Lou fixait la fleur. Non, en fait, il la caressait littéralement du regard. Il faut dire qu’elle était absolument splendide et un amoureux de la nature ne pouvait que tomber sous son charme. C’était cela qui plaisait à cette fleur : qu’on l’admire et l’aime autant. Il approcha doucement ses mains et je sentis à travers la fleur sa magie se déverser sur les pétales. Ses doigts effleurèrent les pétales si gracieux de la beauté et elle en fut très heureuse, il parvint même à la réchauffer un peu grâce à sa magie ce qui fit énormément de bien à cette fleur qui était tellement loin de chez elle, juste pour nous faire plaisir. Lorsqu’il me demanda si je croyais qu’elle allait le comprendre s’il lui parlait, j’acquiesçai d’un signe de la tête, mon sourire plus que jamais présent sur mes lèvres. Bien sûr qu’elle le comprendrait : elle était déjà capable de ressentir sa magie et son amour alors, s’il s’adressait à elle, la fleur allait le comprendre. La question était surtout de savoir si lui allait comprendre ce que la fleur allait lui dire. Je savais que je possédais deux dons bien distincts mais cela, je ne l’avais compris qu’en arrivant à Etelka. Auparavant, j’avais cru que ma capacité à faire pousser la verdure et ma capacité à comprendre la végétation était un seul et même pouvoir, mais j’avais fini par apprendre qu’il en était autrement. J’avais le pouvoir de rendre la végétation plus fertile et j’avais aussi la capacité de comprendre cette même végétation. Lou possédait-il également ce second don ? Allait-il de paire avec le premier ? Je ne pouvais pas le savoir puisque je n’avais, jusqu’à présent, jamais rencontré un autre sorcier doué du même pouvoir que moi. Alors j’attendis. Les secondes passèrent lentement et au bout d’un moment, je finis par ressentir l’incompréhension de la fleur face à la réaction de Lou qui avait retiré ses mains, ne déversant dès lors plus aucune magie sur elle. Si elle n’avait pas compris, moi, j’avais fait le lien : il n’avait rien entendu, rien ressenti venant de la fleur. Mon sourire se fit moins large non pas parce que j’étais déçue que Lou ne possède pas cette capacité mais parce que j’étais triste pour lui qu’il ne la possède pas car, même si parfois ce don se révélait difficile à supporter lorsque l'on ressentait la souffrance de la végétation, ressentir son amour réussissait à effacer les moments difficiles. Je finis par répondre à voix haute à la fleur, encore une fois, par habitude.

- Il ne t’entend pas, c’est pour ça…

Je m’expliquai tout de suite auprès de Lou car il n’avait pas entendu la question de la fleur.

- Elle se demandait pourquoi vous aviez cessé de la toucher et de la réchauffer avec votre magie.

Je marquai un silence avant de soupirer.

- J’ai pensé que ça fonctionnerait peut-être, puisque vous avez vous aussi le pouvoir de faire pousser les végétaux… J’ai pensé que vous l’entendriez… J’ai eu tort, j’en suis désolée.

La fleur s’impatientait et me le fit savoir.

- Oui… Je…

Soudain, une idée me traversa l’esprit : après tout, pourquoi ne pas essayer ? Cela ne nous coûterait rien. Enfin, cela me coûterait un peu plus d’énergie mais je n’étais plus à cela près. Je commençais à fatiguer et c’était donc maintenant ou jamais.

- On va essayer quelque chose pour voir si vous pouvez l’entendre, d’accord Lou ?

Je n’attendis cependant pas son accord et retirai ma main droite de l’herbe avant de la refermer autour de son poignet, le faisant par la même occasion pencher un petit peu en avant sans le faire exprès. Je ne m’excusai pas d’avoir manqué de le faire tomber en avant car j’étais trop concentrée pour cela. Je n’avais jamais, jamais tenté une chose pareille et j’ignorais si cela pouvait fonctionner. Pire, j’ignorais les effets que cela pouvait avoir sur Lou comme sur moi : est ce qu’il y avait un risque quelconque pour l’un comme pour l’autre ? J’aimais à croire que non. A l’instant où ma main se referma sur le poignet de Lou, je sentis la douceur et la chaleur de sa magie qui traversait sa peau et qui le possédait tout entier. Je puisai dans mes forces pour rendre les sentiments de la fleur plus forts et plus audibles. J’eus l’impression qu’elle criait son bonheur dans ma tête, c’était tellement fort que cela en devint presque un bourdonnement inaudible pour moi. Mais qu’en était-il de Lou ? Le but était de lui transmettre ce que la fleur ressentait. Le but était de servir de pont mais j’ignorais si cela pouvait fonctionner. Je le désirais cependant plus que tout au monde. Je voulais qu’il la ressente, qu’il l’entende, ne serait-ce que pendant quelques secondes. Je désirais ardemment qu’il éprouve ce plaisir si particulier de se sentir lié ainsi à une plante. Ma magie se déversait avec force à la fois sur la fleur et sur le poignet de Lou. J’avais l’impression de sentir un courant d’eau traverser mon corps, partant de ma main qui touchait l’herbe, zigzagant dans mes veines et finissant sa course dans ma main qui touchait le poignet de Lou. Je sentis le rythme de mon cœur s’accélérer petit à petit : j’étais en train de tirer sur le fil, je le savais, et je ne savais pas ce qui se passerait si jamais il venait à casser mais je ne pouvais pas arrêter. Pas maintenant. Même mon souffle commença à se faire plus difficile et je plantai mon regard dans celui de Lou, le fixant avec insistance.

- Alors ?…

Murmurai-je, m’essoufflant de plus en plus.

Cela fonctionnait-il ? Ressentait-il les émotions de la fleur ou bien ne ressentait-il que le flux de ma magie ? J’avais beau chercher la réponse dans son regard, j’étais incapable de la lire tant il était indéchiffrable en cet instant. Etait-ce parce que cela fonctionnait et parce qu’il en était tellement heureux qu’il était incapable d’exprimer cette joie, ou bien était-ce parce que cette tentative était un cuisant échec, qu’il ne ressentait rien venant de la fleur et qu’il en était tellement déçu qu’il était incapable de dire quoi que ce soit ? L’un ou l’autre ? Il me fallait une réponse et vite car je n’avais pas envie que la fleur ne reparte aussi subitement que tout à l’heure : je voulais absolument que nous puissions lui dire au revoir avant de la laisser repartir chez elle.
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Dim 2 Sep - 12:26



~
Si notre ami de la forêt l’entendait ?
Bien sûr qu’il le pouvait
Mais savoir si d’Ariane ou de lui était le fait
Seul l’avenir le lui dirait.
~
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Sam 8 Sep - 21:50

Malaise. Mal à l’aise dans ce monde où sa place était précaire et sa vie remplaçable au gré des évènements. Seules ses connaissances en les plantes lui avait parmi de survivre. Elles étaient ses seules alliées, ces amies silencieuses. Il ne comptait pour personne, personne d’autre ?, et peu comptait pour lui. Le peu qui comptait pour lui était soit mort, soit loin, soit Ariane. Qui n’était certes ni morte ni loin, mais qui devait être bien déçue de ses maigres capacités.
Oui, Ariane comptait déjà pour lui. Pas énormément, pas encore, mais c’était tout de même de ces personnes dont vous sentez que la rencontre n’est pas si fortuite et dont la relation vous apportera beaucoup de choses. Il ne pouvait pas en dire autant pour Ariane, qui ne tirerait pas grand-chose de lui, puisqu’il en savait beaucoup moins qu’elle, mais enfin… Passons.

Soudainement, l’herboriste fut attiré en avant. Un contact. Des doigts se refermaient sur son poignet. Quelqu’un le touchait. Il ne supportait pas qu’on le touche. Ce geste… Comme un ordre, il raisonnait comme un ordre dans son esprit. Il voulut se dégager, réflexe instinctif, mais se retint de tout mouvement. Si la jeune femme avait fait ça, il y avait une raison. Il se contenta de remettre ses jambes sous lui, se rapprochant d’Ariane, pour retrouver son équilibre. Il était juste à côté d’elle, maintenant, proche.

« - On va essayer quelque chose pour voir si vous pouvez l’entendre, d’accord Lou ?
- D’accord… »

Lou observa attentivement l’attitude d’Ariane. Elle ne lui avait rien expliqué de ce qu’elle avait tenté de faire, et il cherchait à comprendre pour peut-être pouvoir l’aider… Dans la limite de ses capacités, certes, mais l’aider tout de même. Il tourna son regard vers la fleur. Elle était si belle. Lou toucha ses pétales, laissant Ariane se concentrer. Puisqu’il ne pouvait rien…

Comme une explosion. D’un seul coup, un coup, c’était bien cela, qui martela son esprit. Qui le noya sous un flot de pensées et d’émotions tellement énorme qu’il crut que son cœur allait lâcher. Ce n’était pourtant pas un cœur de vieil homme, il était jeune et fort… Enfin, jeune, quoi. Mais ça, c’était tellement fort. Bien plus que lui. Son âme compressée par tant d’émotions mélangées ne pouvait en supporter plus. Les yeux révulsés, haletant, il se recula, trébuchant, rompant tout contact avec la fleur.
Il ne trouvait plus d’air, sa respiration était anarchique. Son cœur battait comme s’il avait avalé un bol entier d’aubépine d’une traite.* Ses muscles tétanisés le faisait trembler. La respiration. Calme. Inspiration. Expiration. Mais rien n’y faisait, il était chamboulé, bouleversé. Il avait l’impression qu’un esprit c’était amusé à retourner son ventre pour tout mélanger à l’intérieur. Des couleurs dansaient devant ses yeux, des images floues et rapides, comme des millions de souvenirs piquants et tranchants. Nauséeux, il regarda Ariane éberlué… Avant de commencer à comprendre. Un lent chemin se traça dans son esprit.

Ces sensations, ces pensées ! C’étaient… C’étaient celles de la fleur ! C’était la fleur qui avait ressenti tout ça, mais les pensées d’une fleur étaient donc aussi complexes et forts ?, et il avait entendu ! Bon. Il n’y avait strictement rien compris. En même temps, ça n’avait pas été super délicat ! Mais au moins, il avait entendu ce long hurlement, ce cri ! Un immense sourire se forma sur son visage. Ses yeux se mirent à briller et plus une once de calme ne survécut dans sa tête. S’il avait été spontané, il se serait lever pour hurler dans tous les sens, mais il était tout de même plus réservé que ça, et il ne voulait pas qu’Ariane le fuit, surtout après ce qu’il venait de vivre.
Il rit, un rire doux et discret, la bouche ouverte en signe de stupéfaction. Ses pensées dansaient la gigue sur un air endiablé mais son corps, ses gestes, furent plus doux. Il retourna, à quatre pattes, à côté d’Ariane et murmura, dans un souffle :

« C’est… C’est… Magnifique. »

Il n’avait pas envie de s’arrêter là, il aurait voulu en savoir plus sur cette fleur. Il se concentra, espérant peut-être pouvoir capter d’autres bribes d’informations, mais rien ne vint. Le silence avait place à la cacophonie. Plus rien… Mais cela ne vint pas pour autant entacher le bonheur de l’androgyne. Il savait désormais que c’était possible, et puis ça pouvait être son agitation qui brouillait toutes les pensées de la fleur.
Il caressa ses pétales, du bout des doigts, comme il l’avait fait quelques minutes plus tôt, mais en même temps totalement différemment. Cette fleur était devenue plus qu’un végétal pour lui. Comme si elle avait été promue au rang d’être vivant et pensant. D’égal, en quelque sorte. Sa caresse était donc à la fois encore plus respectueuse, si telle chose fut possible, mais surtout plus consciente de la réalité de ce qu’il touchait.

« Merci… Merci beaucoup. »

L’herboriste ne parlait à personne en particulier. Il s’adressait à la nature entière de l’accueillir en son sein, tout en adressant plus précisément ses remerciements aux deux fleurs présentes ici, la fleur du désert et Ariane.
Il s’empressa d’essuyer une petite larme qui coulait le long de sa joue. Il était stupide de se mettre à pleurer, mais les angoisses ressenties plus tôt étaient totalement effacées et remplacer pour leur opposés positifs et joyeux, une impression de force, de stabilité, de sécurité mêlée à l’excitation de la découverte et de l’aventure. Ce n’était pas des pleurs de malheurs, pour évacuer un chagrin quelconque, mais bien des larmes de joie. Une joie immense et inébranlable le parcourait, pour quelques minutes encore.

Au diable les bons procédés, Lou sauta sur Ariane pour la câliner. Il savait que c’était grâce à elle tout cela. Il n’avait pas encore compris exactement son rôle dans cette histoire, mais sans elle, il n’aurait pas pu ressentir, entendre, voir tout ça. Il ferma les yeux et la serra un peu plus fort dans ses bras.

« Merci, merci ! »
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Sam 15 Sep - 15:46

Je ne pouvais pas deviner ce qui allait se passer ni pour moi, ni pour Lou. Le risque était là, c'était indéniable. Peut-être étais-je en train de mettre notre vie en péril à tous les deux mais sur le moment, je n'y pensais pas. Sur le moment plus rien d'autre ne comptait que Lou et cette fleur, que ce lien que je souhaitais réussir à établir entre les deux. Je fermai les yeux, ma concentration étant à son paroxysme, tout comme mon don. J'entendais la joie de la fleur d'être à travers moi en contact avec Lou. Elle était heureuse de pouvoir ressentir ce qui lui ressentait pour elle et j'espérais qu'il allait pouvoir ressentir ce que la fleur ressentait pour lui. J'ignore combien de temps passa, mais je me sentis faiblir petit à petit sans pour autant lâcher prise. Soudain, tout fut terminé. Lou recula brusquement en s'arrachant à mon étreinte de force et je rouvris sans attendre les yeux, l'observant tout en étant soudain subjuguée par une panique quasi incontrôlable. Pourquoi cette panique ? Mais parce qu'en observant Lou, je le vis à terre, essoufflé, presque incapable de respirer. Qu'avais-je fait ? Du mal, c'était certain vu l'état dans lequel il se trouvait. La fleur, elle, ne comprenait pas la rupture qui s'était produite puisqu'elle avait sentie la présence de Lou et qu'elle avait aimé ça mais j'étais bien trop préoccupée par l'état de Lou pour pouvoir prêter ne serait-ce qu'une oreille distraite aux sentiments de la fleur : elle devrait attendre. Ma respiration aussi était saccadée mais je savais pourquoi : c'était parce que je me vidais petit à petit de mon énergie et que j'en avais utilisé une grande partie pour essayer de faire entrer Lou en contact avec la fleur. Mon énergie, je l'avais dépensée pour rien puisque c'était un cuisant échec. Ma main qui jusque là avait tenu le poignet de Lou resta suspendue en l'air et j'étais figée de terreur. J'étais tellement terrifiée que j'étais incapable de dire quoi que ce soit. Ma bouche était entrouverte, mon souffle coupé s'en échappant, mais aucun son n'en sortait. Lou finit par me regarder mais ne dit rien. Il semblait... Choqué, oui, c'était bien ce qu'il me semblait. Ou alors il souffrait, il avait mal quelque part ? Non... En regardant son expression je n'y voyais pas de la douleur mais bel et bien un choc. Doucement, je reposai ma main près de la fleur qui était tout autant curieuse que moi concernant Lou. Enfin, disons qu'elle était curieuse et que moi j'étais inquiète.

Puis il se mit à rire et moi, j'écarquillai les yeux. Son rire était doux, discret, pas un rire de dément ce qui me rassura car j'avais eu peur de lui avoir fait perdre l'esprit avec mes idées à la noix. Oui une idée à la noix... J'avais été complètement stupide de vouloir le faire entrer en contact avec la fleur, de prendre un tel risque même si, petit à petit, la panique me quittait car Lou ne semblait pas avoir subi de blessure psychologique, au contraire. A quatre pattes, il revint jusqu'à ma hauteur et finit par murmurer quelques mots. Ses mots me touchèrent plus que de raison et mes yeux se mirent à me piquer dès qu'il les prononça : « C'est magnifique ». Magnifique... Alors il avait vu... J'avais réussi ! Un rire presque muet s'échappa de mes lèvres et ma vue se troubla sous les larmes qui naissaient dans mes yeux tant j'étais heureuse. Il avait pu entrer en contact avec la fleur, ils avaient pu être liés même pendant quelques instants : j'avais réussi à lui faire ce cadeau, en tout cas, j'en étais persuadée et c'était une sensation merveilleuse que d'avoir été l'instrument de cela, de ce miracle... Et ce fut encore plus merveilleux quand Lou approcha sa main de la fleur avant de caresser ses pétales avec tendresse. Le bonheur qu'en éprouva la fleur fit battre mon cœur plus vite ou alors, la fleur n'y était pour rien, allez savoir... Lorsque la voix de Lou s'éleva de nouveau, elle fut cette fois-ci plus audible, moins dans le souffle que quelques instants auparavant et il remercia... Qui ? Quoi ? Il ne me regardait pas donc j'ignorai si ce « merci » s'adressait à moi ou à la fleur mais au fond, ça n'avait pas d'importance. Le plus important était qu'il avait pu ressentir les pensées de la fleur et qu'il en avait éprouvé du bonheur même si au départ il avait été un peu chamboulé. En même temps, moi, j'étais tellement habituée à entendre les plantes que cela ne me surprenait plus : j'étais habituée à leurs pensées mais Lou... Qu'avait-il ressenti en l'entendant ? Qu'avait-il vu ? Avait-il simplement vu les pensées de la fleur ou alors, était-il allé aussi loin que moi ? Avait-il réussi à voir son pays natal d'une splendeur inégalée ? Tant de questions qui brûlaient mes lèvres mais que j'étais incapable de prononcer tant je souhaitais garder ce moment intact dans sa beauté. Je voulais que Lou profite de la fleur, qu'il prenne le temps de vivre pleinement l'expérience qu'il venait de traverser.

C'est alors que je vis une larme couler sur sa joue. S'il y avait bien une chose que j'étais capable de comprendre en cet instant c'était son émotion. J'étais moi-même particulièrement émue et le voir ainsi pleurer ne fit qu'amplifier mon émotion. Mon sourire se fit plus large alors que mes yeux imitaient ceux de Lou et laissaient couler les larmes. Sans que je ne puisse le voir venir, sans que je ne m'y attende, Lou se retrouva contre moi en train de me câliner avec tendresse. Son étreinte se resserra, deux nouveaux « merci » s'échappèrent de ses lèvres et moi, sur le moment, je fus incapable de bouger, particulièrement surprise de ce soudain élan et geste d'affection envers moi. Je n'avais plus eu de tel contact avec un être humain depuis... Par nos Dieux, depuis de nombreuses années et je fus au départ assez mal à l'aise. Mais finalement, cela ne dura pas. Après quelques instants, cette main qui avait plus tôt serrée le poignet de Lou se posa délicatement sur ses cheveux et, je lui rendis son étreinte. Comment expliquer les sensations que cela me procura ?... C'était tellement différent de la proximité que j'avais d'ordinaire avec les végétaux. Comme tout à l'heure, mon envie de le protéger, de me rapprocher de lui prit le dessus sur le reste : si j'avais pensée être liée à lui un peu plus tôt, je l'étais désormais de façon inéluctable et j'en étais heureuse. J'allais aimer Lou, de tout mon être. J'allais vouloir le protéger de toutes mes forces. Mes forces... Qui me quittaient véritablement. Voyez-vous, faire pousser des légumes et des fruits est une chose, mais faire venir une fleur d'une lointain pays, la garder auprès de nous et faire le pont entre elle et Lou en est une autre : je n'en pouvais plus. Mes doigts caressaient les cheveux de Lou avec tendresse quand je repris enfin la parole.

-Lou ?...

Je le sentis bouger légèrement mais il ne desserra pas son étreinte : moi non plus d'ailleurs. Mais ce petit mouvement de sa part me permit de comprendre qu'il m'avait entendue.

-Je suis désolée mais je n'ai pas la force de la garder ici plus longtemps. Je pourrai la faire revenir une prochaine fois mais pour aujourd'hui... Il faut lui dire au revoir.

Je tournai légèrement la tête et baissai mon regard sur la fleur, tout en restant auprès de Lou.

-Merci d'être restée. Nous nous reverrons...

Je ne m'entendis presque pas dire cela car tout devint flou et, ne pouvant tenir plus longtemps, mon corps me lâcha. Par cela j'entends que je fus incapable de le contrôler lorsqu'il s'affala en avant, sur Lou qui me tenait encore contre lui. Mes bras devinrent des poids morts le long de mon corps, ma tête tomba contre l'épaule de Lou et je me mis à respirer profondément pour essayer de récupérer. La fleur avait disparu, je le sentais et je n'avais pas réussi à entendre Lou lui dire au revoir : j'espérais qu'il avait eu le temps de le faire avant que mes forces ne me quittent définitivement. N'étant pas inconsciente, je parvins à murmurer quelques mots.

-Excusez-moi... Je suis épuisée... Je... Me sens engourdie...

Et c'était peu dire puisqu'en réalité, je ne sentais plus un seul centimètre de mon corps, à croire que j'étais complètement paralysée. Fort heureusement, il ne s'agissait que d'une extrême fatigue passagère dont Lou faisait malheureusement les frais.
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Lou Lupus
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Sam 15 Sep - 20:16

La serrer dans ses bras aussi fort que possible pour lui montrer tout son bonheur, voilà la seule chose à laquelle pensait Lou à ce moment-là. Il se sentait tellement léger, tellement bien, tellement… Tellement.
Ce moment aurait pu durer éternellement que l’herboriste ne s’en serait pas plaint. Peut-être que le paradis ressemblait à cela ? Cette impression de bien-être sans la crainte. L’oubli des soucis, des regrets. Loin de la peur des représailles et du danger. Pour toujours. Mais croire au paradis, c’était admettre l’existence d’un enfer, non ? Une hypothèse moins sympathique…

Les doigts d’Ariane se mêlaient à ses cheveux et il appréciait cette caresse plus que tout autre. Etait-ce la réminiscence d’un geste maternel ? Il avait passé si peu de temps avec elle… D’autant qu’il se souvienne, elle n’avait que rarement ce genre d’attention. Elle était affectueuse, mais trop préoccupée par son enseignement et par son mari qui réclamait d’elle tout ce qu’elle pouvait donner. Ne laisser que quelques miettes à ce gosse maudit était déjà trop pour lui. Pourquoi se souvenait-il de ça maintenant ? Ce n’était pas le moment de se ressasser ses malheurs.
Mais dans les bras d’Ariane tout allait bien. Elle était douce, elle était là. Elle lui avait donné plus qu’il ne pourrait jamais espérer. Rien que pour ça, alors qu’il se blottissait un peu plus contre elle, il se jura de ne jamais lui faire de mal, de ne jamais la décevoir. Une promesse d’enfant, aussi innocente que sincère.

« Lou ?..
- Hm ? »

L’intéressé se décala un peu pour apercevoir le visage de la prêtresse. Elle semblait contrariée. Pas par sa faute au moins ? Ah, non, elle voulait renvoyer la fleur chez elle. Ce qui était normal, après tout… Elle devait être épuisée, après autant de magie. À moins que ce soit normal chez elle de faire ça ? Lupus avait beau l’admirer de plus en plus chaque jour, il doutait fortement qu’une telle chose soit vraiment possible. Et ses dires le confirmaient, d’ailleurs.
L’herboriste se dégagea, un peu, pas trop, juste assez pour tendre la main vers la fleur pour la saluer une dernière fois avant qu’elle reparte chez elle. Il lui sourit. Il allait la saluer et la laisser partir quand tout s’accéléra. Il bascula en arrière, sans comprendre pourquoi. En réalité, ce n’était pas vraiment lui qui tombait, mais la jeune femme à laquelle il était accroché. La fleur disparut sans demander son reste tandis qu’il s’écrasa à son emplacement, son bras tendu prenant un angle étrange et peu commun avec le reste de son corps.

Un cri lui échappa, matérialisant quelques secondes la douleur qu’il avait ressenti à son épaule puis celle du corps d’Ariane qui l’écrasait de son poids qui bien que maigre, était tout de même supérieur à ce que son corps avait l’habitude d’encaisser. Supérieur à rien, oui, certes, c’est stupide, mais c’est comme ça. Lou n’était pas un guerrier, ni un jeune homme musculeux et plein de fougue. Lui, il aimait les fleurs. Voilà. Par réflexe, il roula sur le côté, entraina certainement un peu Ariane avec lui pour se dégager.
Premier instinct, il porta sa main à son épaule. Celle-ci n’avait rien, au pire un bleu qui le chatouillerait une nuit ou deux, qui passerait avec un petit cataplasme, et encore, s’il y en avait vraiment besoin. Non, le visage crispé de Lou n’était pas dû à ses propres problèmes mais à ceux de la prêtresse étendue juste à côté de lui.

Il l’entendit s’excuser mais n’y prêta aucune attention. Il se concentra pour chercher dans sa mémoire, dans ses connaissances, si faible comme il lui paraissait à cet instant, ce qui pourrait aider Ariane. Pourquoi n’avait-il plus de cette super algue donc une seule feuille de la taille de son pouce suffirait à remettre sur pied un cheval ? Il devrait toujours en avoir sur lui ! Il devait l’écrire quelque part, ça devrait faire partie du B.A.-BA de l’herboristerie ! Mais il ne savait pas écrire et c’est pour ça que la magicienne allait mourir ! À cause de lui !
C’est fou ce que les enfants peuvent être émotifs. Enfin, il tenta quand même de se calmer, d’apaiser la panique qui lui reprenait les tripes, avec la vague impression que ces émotions jouaient au yo-yo. Il ouvrit sa besace et fouilla à la main, espérant que ses recherches soient plus fructueuses. Et il trouva ! De la confiture d’argousier, bien sûr ! Sucré et aux vertus tonifiantes.

« Tiens, mange ça, ça va te faire du bien… »

Lupus lui tendit le petit pot de confiture, mais il ne savait pas trop si elle était capable de lever un bras pour se servir, ne serait-ce qu’à deux doigts plongés dans la mixture. L’herboriste regarda ses mains qui n’étaient pas vraiment d’une propreté exemplaire. Et lui verser à même la bouche n’était pas vraiment une option satisfaisante, il risquait de l’étouffer si elle perdait conscience. Il prit sa main dans la sienne, détaillant avec angoisse son visage pâlie et ses lèvres bleuies.

« Tu peux te redresser un peu ? »

Sa voix laissait paraître toute l’inquiétude qui le parcourait. Lui qui avait promis un peu plus tôt qu’il ne lui ferait pas de mal. Quel idiot. Voilà qu’il l’avait poussé à faire un effort trop important ! Souhait égoïste de vouloir parler aux plantes. Il pouvait bien s’en passer, ça ! Ils auraient aussi pu faire l’expérience un autre jour. Rien ne pressait… Mis à part lui. Tout était de sa faute.
D’autant qu’il était totalement inutile si elle tombait dans les pommes. Il ne pouvait la laisser là, et rester auprès d’elle l’exposait lui-même à des dangers, vu qu’il ne savait combien de temps il devrait le faire. Et il était relativement incapable de distinguer une inconsciente d’une morte. Il ne pouvait même pas la porter pour l’amener en lieu sûr, à la cité par exemple, où il y aurait des gens compétents qui pourrait la soigner…
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Ariane Schneider
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MessageSujet: Re: Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]   Mar 9 Oct - 15:59

(HJ : Mille excuses pour ce retard monstrueux. J'espère que cette réponse te plaira malgré tout. Oh, et je n'ai pas relu, mais je vais le refaire dans la soirée donc, s'il y a des fautes ou s'il manque des mots, je te demande pardon . ♥)

C'était une sensation très étrange que de se sentir affaiblie de cette façon : je dois bien avouer que je détestais cela. J'avais l'impression d'être vulnérable et c'était un sentiment très désagréable. Incapable de sentir son corps, pas le moindre millimètre...Pendant un instant, une horrible et effroyable idée me traversa l'esprit : et si j'avais complètement et définitivement dépassé mes limites? Et si je restais dans cet état? Je n'allais plus pouvoir servir à grand chose... J'en eus le coeur qui se mit à battre plus rapidement tant cette idée me fit peur. D'ailleurs, je n'étais pas la seule à avoir peur : mes yeux, qui était suffisamment capables de bouger pour observer Lou et je m'aperçus que son visage était crispé. Il se tenait l'épaule et c'était peut-être pour cela que ses traits étaient tendus (j'avais dû lui faire mal en tombant sur lui) mais vu la façon dont il me regardait, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il avait autant peur que moi. J'étais au sol, sur le dos, paralysée : franchement, il y avait de quoi paniquer non? Puis, petit à petit, mon coeur se remit à battre plus lentement quand je compris que cet état ne pouvait pas être définitif : si cela avait été le cas, j'aurais été incapable de bouger les yeux comme j'aurais été incapable de parler et comme je venais de m'excuser... Je pris de profondes respirations pour me calmer : il suffisait que je sois un peu patiente et tout allait rentrer dans l'ordre et puis, je n'étais pas seule car Lou était avec moi. Lou qui, d'ailleurs, se mit à fouiller dans ses poches. Je le regardai faire en silence, essayant de m'économiser un maximum quand, au bout de quelques instants, il sortit de sa poche...Un pot de confiture. Mes sourcils se relevèrent très légèrement sous la surprise mais l'explication ne tarde pas à venir : de la confiture d'argousier. C'était quelque chose de très sucré et aux vertus tonifiantes et Lou le savait très bien. J'eus la force d'esquisser un sourire tant je fus fière de voir qu'il possédait déjà de nombreuses connaissances. Malheureusement, je ne me sentais guère capable de bouger...

La situation était compliquée.

Cependant, Lou avait plus d'une feuille à son arbre et il prit ma main dans la sienne avant de me demander si je pouvais me redresser. Je réfléchis à la question silencieusement : je commençais à peine à sentir quelques petits fourmillements dans tout le corps mais j'ignorais si j'étais capable de bouger et de me redresser. J'observai Lou et lorsque je vis son visage inquiet, je décidai de puiser dans mes forces et faire un effort pour me redresser afin qu'il puisse me donner de la confiture car en manger m'aiderait à me sentir mieux plus rapidement donc... D'un bref mouvement de tête, presque imperceptible mais je savais que Lou le verrait puisqu'il m'observait, j'acquiesçai. Je restai sans bouger encore quelques instants, essayant de ressentir au maximum les fourmillements même s'ils se faisaient légers et discrets. Puis, je tentai de bouger les mains : je parvins à pencher légèrement la tête et fus soulagée de voir que mes mains bougeaient un peu même si je ne les sentais presque pas. Alors, je les posai dans l'herbe et pris appui afin de me hisser un peu et finalement, je parvins à reculer légèrement pour finalement m'adosser à l'arbre le plus proche. Je n'étais pas complètement assise mais au moins, je n'étais plus complètement allongée. Je décidai de tenter un peu plus ma chance et essayai de tendre les bras vers Lou : seconde victoire qui me fit soupirer de soulagement. Mes forces commençaient à me revenir, c'était à présent certain. Je n'eus pas besoin de dire quoi que ce soit puisqu'aussitôt, Lou me tendit le pot de confiture que je parvins à prendre avec ma main gauche. Ma main droite, quant à elle, s'occupa de plonger les doigts dans la confiture avant de les porter à ma bouche et de manger la confiture au départ doucement puis, avec un peu plus de vigueur et de force. Le goût sucré avait réveillé mes papilles qui m'avaient semblé engourdies jusque là. Lou resta à mes côtés et je lui en fus reconnaissant car si je devais défaillir, il était préférable qu'il soit là car je risquais gros si je devais rester inconsciente dans les environs toute seule. Après avoir avalé de nombreuses bouchées de confiture (le contenu du pot avait largement diminué), je réalisai que doucement, mon corps était en train de se réveiller. Je cessai donc de manger et tentai de me redresser un peu plus et cela se passa sans encombre. J'étais à présent assise, dos contre l'arbre, le pot de confiture posé sur mes cuisses encore entre mes mains. Un sourire étira mes lèvres et je regardai Lou.

-Merci beaucoup...Heureusement que vous étiez là sinon... Je crois que ça aurait tourné à la catastrophe... Ces lieux ne sont pas très sûrs lorsque l'on se promène seul, plus particulièrement quand on est une femme...Et une prêtresse j'imagine, je ne sais pas...

Oh oui, mes forces revenaient définitivement puisque voilà que j'étais en train de parler longuement, ce qui ne m'arrivait que très rarement, même quand j'étais en pleine possession de mon énergie.

-En tout cas, je suis très heureuse de savoir que vous avez réussi à l'entendre... C'est quelque chose non?

Et mon sourire se fit plus large : la peur passée, mon envie de savoir ce qu'il avait ressenti avait repris le dessus. Mais, soudain, je ressentis quelque chose de moins agréable : une faible alerte venant de la végétation alentour. Puisque je récupérais mes forces, mon énergie et ma magie refaisaient également surface et donc, j'étais progressivement de nouveau reliée aux plantes. Elles me firent comprendre qu'il commençait à se faire tard et je relevai sans attendre les yeux vers le haut des arbres : oui, effectivement, le soleil ne perçait presque plus les feuilles et il ne fallait pas rester là. Je rabaissai mon regard vers Lou.

-Il faudrait que nous partions, il se fait tard...

Je pris une dernière petite bouchée de confiture avant de lui rendre le pot. Après quoi, en m'appuyant contre l'arbre, je me redressai. Je sentis mes jambes trembler tant j'étais encore faible et j'avais peur de ne pas réussir à rentrer à la Cité avant la nuit. Cependant, encore une fois, je n'étais pas seule. Je tendis la main vers Lou.

-Vous m'accompagnez?

Incapable de déchiffre son expression, je poursuivis.

-Vous voulez bien, n'est-ce-pas? Venir à la Cité avec moi? Je veux dire...

Je ne voulais pas qu'il se méprenne sur mes intentions : je ne voulais pas simplement qu'il me raccompagne, je voulais qu'il vienne avec moi au sein de la Cité.

-Y entrer, y résider, avec moi... J'aimerais vraiment que...

Pourquoi m'était-il si difficile de trouver les mots justes? Sans doute parce que j'avais passé beaucoup trop de temps avec les plantes au détriment des êtres humains...

-Je veux vraiment que vous veniez avec moi Lou... Nous pourrions apprendre beaucoup l'un de l'autre et, pour être tout à fait honnête, il y avait bien longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi bien en compagnie d'un être humain, en dehors du Roi... Alors...

La décision lui appartenait cependant.

-Enfin, c'est comme vous voulez...

Après tout, il n'en avait peut-être pas du tout envie. Il ne tenait qu'à lui de prendre cette main que je lui tendais ou, au contraire, de décider de la repousser et donc, de me repousser moi.

De nous repousser, nous...
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Heureux hasard? Oui, pour une fois... [Lou]
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